L’Europe manque de « courage » pour raconter sa propre histoire
Il fut un temps où l’Europe s’exprimait avec urgence et vision, selon André Wilkens, directeur de la Fondation européenne de la culture. Dans une récente interview, il a souligné que les débuts de l’Europe étaient marqués par une créativité et un courage qui font défaut aujourd’hui. Pour remédier à cette situation, la Fondation a ouvert ses archives, révélant 70 ans de documents ayant façonné l’intégration européenne et des programmes comme Erasmus.
Lors du lancement de cette initiative à Florence, Wilkens a évoqué des termes fondateurs tels que « sentiment européen » et « compréhension mutuelle », qui, des décennies plus tard, semblent presque révolutionnaires. Il a interrogé l’auditoire sur la peur d’utiliser des termes porteurs de changement à l’heure actuelle, soulignant que l’optimisme semble parfois proche du déni face aux crises répétées.
Wilkens a noté que, malgré les défis, l’Europe a réussi à s’intégrer plus profondément et à forger une identité commune plus forte que prévu par ses architectes. Cependant, il a exprimé des doutes quant à la confiance des Européens pour raconter leur propre histoire, affirmant que « nous laissons les autres nous dire que nous sommes une bande de perdants ».
Contrairement à l’idée que l’Europe doit réinventer son récit, Wilkens propose de réinterpréter la promesse de paix, de prospérité et de sécurité, tout en conservant son essence. Il a également souligné que l’identité européenne est un projet à long terme, souvent en contradiction avec une culture politique dominée par l’indignation et les réactions instantanées.
Dans son livre Le charme discret de la bureaucratie. De bonnes nouvelles d’Europe, il compare l’évolution de l’identité européenne à celle de la Suisse, qui a mis 800 ans à construire une identité commune. Wilkens suggère que l’Europe devrait peut-être se donner plus de temps.
Il a rappelé que l’identité se construit à travers des symboles et des réalisations concrètes, évoquant les drapeaux européens lors d’événements sportifs et des projets ambitieux comme Airbus. En ce qui concerne la responsabilité de forger un sentiment d’appartenance européenne, il a souligné que cela ne peut être l’apanage d’une seule institution ou d’un dirigeant.
Wilkens a également mentionné les dirigeants qui, selon lui, sont capables de porter cette responsabilité, citant le président finlandais et Emmanuel Macron comme des penseurs éclairés sur les questions européennes. Il conclut en appelant à une renaissance de la confiance nécessaire pour raconter l’histoire de l’Europe.
Source : Euractiv.
