En Guyane, l'Etat s'embourbe dans la guerre contre l'orpaillage illégal

En Guyane, l’État s’embourbe dans la guerre contre l’orpaillage illégal

Le 4 décembre 2025, Loïc Baras, commandant de la gendarmerie de Guyane, a exprimé une réalité préoccupante concernant la lutte contre l’orpaillage illégal : « Sur l’action en forêt, nous arrivons à un plafond de verre. Nous n’irons pas forcément plus loin avec les moyens qui nous sont alloués. » Trente ans après l’arrivée des premières vagues de chercheurs d’or clandestins, les indicateurs de cette lutte sont alarmants.

En 2025, environ 8 000 orpailleurs, ou garimpeiros, ont été recensés sur 600 garimpos, des chantiers illégaux disséminés sous la canopée. Ce chiffre a augmenté par rapport aux 7 000 orpailleurs actifs sur 400 sites en 2023. La production clandestine d’or est estimée à six tonnes sur les deux dernières années, alors que le secteur légal n’a produit qu’une tonne, principalement grâce à des petits artisans miniers.

L’activité illégale s’étend géographiquement, avec une concentration croissante dans le sud et l’ouest de la Guyane, notamment dans la région de Maripasoula, frontalière avec le Suriname. Le Parc amazonien de Guyane a observé une augmentation de 46 % du nombre de sites d’orpaillage illégal entre février et novembre 2025, atteignant un niveau jamais atteint depuis 2017. De plus, l’orpaillage illégal touche également le littoral, comme en témoigne la situation sur la crique Bagot, située à 50 kilomètres de Cayenne, où l’activité menace le point de captage d’eau potable.

L’opération Harpie, lancée en 2008 pour éradiquer ce fléau, montre des signes d’échec malgré des efforts accrus. En 2025, les 300 militaires mobilisés ont réalisé des saisies record, équivalentes à 1,5 tonne d’or, tandis que 141 personnes ont été interpellées. Joël Sollier, procureur général de Guyane, a qualifié ce phénomène d’« extrême résilience », le comparant à des trafics de stupéfiants ou d’armes.

L’orpaillage illégal a des conséquences environnementales graves. Le sous-sol guyanais contient des métaux lourds (arsenic, aluminium, mercure) dont les effets neurotoxiques contaminent les cours d’eau et, par conséquent, la chaîne alimentaire. Les garimpeiros relâchent des tonnes de mercure dans la nature pour amalgamer l’or, une pratique prohibée en France, au Brésil et au Suriname. De plus, la destruction des cours d’eau et la déforestation engendrent des impacts sur la biodiversité locale.

Cette résilience de l’orpaillage illégal est également alimentée par la flambée des prix de l’or, qui a triplé en cinq ans, atteignant environ 140 euros le gramme. Cette hausse rend les gisements plus rentables et attire des travailleurs pauvres des régions rurales du nord-est brésilien, représentant 97 % des mineurs.

Les réseaux logistiques qui soutiennent l’orpaillage illégal dépassent largement la Guyane, avec des approvisionnements réguliers en mercure et en carburant en provenance du Suriname, devenu une base arrière pour le trafic d’or. La communauté chinoise, bien implantée dans le commerce local, joue un rôle clé dans ces réseaux.

La coopération transfrontalière est devenue une nécessité, avec une opération coordonnée par Interpol en décembre 2025 ayant abouti à 198 arrestations. Cependant, les initiatives franco-surinamaises demeurent limitées, et la relation entre Paris et Brasilia, bien que fructueuse, ne s’étend pas encore au Suriname.

Les critiques se multiplient concernant l’inefficacité de la lutte contre l’orpaillage illégal, exacerbée par un manque de moyens estimés à 70 millions d’euros par an. Dans les communes du Haut-Maroni, où le chômage touche un jeune sur deux, l’économie informelle liée à l’orpaillage devient une seule perspective de survie.

En conclusion, l’État français fait face à un défi majeur pour endiguer l’orpaillage illégal en Guyane, confronté à des réalités économiques et environnementales complexes.

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