Dans le Tarn, l’État expérimente pour prévenir le retrait-gonflement des sols argileux
Le phénomène de retrait-gonflement des argiles (RGA) est devenu une préoccupation majeure pour les autorités et les asurs. Ce phénomène, accentué par le dérèglement climatique, se manifeste par un gonflement des sols argileux en hiver, suivi d’une rétraction en été, ce qui fragilise les structures des bâtiments. Actuellement, le RGA est la première cause d’indemnisation au titre des catastrophes naturelles en France, devant les coulées de boue et les inondations. Les projections estiment que ce phénomène pourrait affecter environ 60 % des maisons individuelles, représentant 12 millions d’habitations, entraînant des pertes financières importantes. La région Occitanie, avec 20 % de son territoire exposé à un aléa fort ou moyen, est particulièrement vulnérable.
En octobre 2025, le gouvernement a mis en place un fonds de prévention de 30 millions d’euros pour soutenir techniquement et financièrement les propriétaires concernés. Onze départements, dont le Tarn, le Tarn-et-Garonne et le Gers, ont été sélectionnés pour cette expérimentation, qui vise à encourager les diagnostics de vulnérabilité pré-sinistre et les travaux pour limiter les mouvements de sol.
Cependant, les résultats de cette initiative sont décevants. Selon Yorik Baunay, consultant en évaluation des risques, le gouvernement espérait recevoir entre 200 et 500 dossiers par département, mais seulement 56 dossiers ont été examinés dans le Tarn depuis le lancement du dispositif. Hélène Roque, directrice de l’Agence départementale d’information sur le logement (Adil), note que la communication sur ce programme a été limitée, rendant difficile la sensibilisation des habitants.
Le processus pour bénéficier des aides s’avère complexe. Les critères d’éligibilité sont stricts : seuls les propriétaires de maisons individuelles non mitoyennes, d’un maximum de trois étages, situées en zone rouge, peuvent postuler. De plus, les fiss ne doivent pas dépasser cinq millimètres de largeur. Bien que le gouvernement ait assoupli certains critères, cela n’a pas suffi à rendre le dispositif attractif.
La préfecture du Tarn défend le dispositif en affirmant que les conditions sont en phase de test et s’ajusteront en fonction des retours du terrain. Cependant, le faible nombre de demandes s’explique aussi par le fait que peu de personnes sont prêtes à investir dans une prévention pour un sinistre qui n’est pas encore survenu. Le reste à charge pour les ménages peut également être élevé, avec 300 euros à payer après la prise en charge de 90 % du diagnostic de vulnérabilité par l’État, montant qui reste un obstacle pour de nombreux foyers modestes.
Sur les 56 dossiers déposés, seulement cinq ont maintenu leur demande, certains abandonnant le projet face à la complexité administrative.
Yorik Baunay remet en question l’efficacité de la prévention sur des bâtiments existants. Les travaux couverts par l’État incluent des mes limitées, comme l’installation d’écrans racinaires ou la construction de trottoirs pour contrôler l’infiltration d’eau. Toutefois, ces solutions peuvent être insuffisantes, notamment si les fondations ne sont pas suffisamment profondes, nécessitant des interventions coûteuses.
Cette expérimentation doit durer au moins un an et pourrait être renouvelée en fonction des contraintes budgétaires, laissant planer une incertitude quant à son avenir.
Source : Article d’origine sur le retrait-gonflement des sols argileux dans le Tarn.

