Eloi Laurent : « Les villes actuelles sont dévorées par les logiques marchandes au détriment des lieux de coopération »

Les villes face aux logiques marchandes : un appel à la coopération pour le bien-être

Eloi Laurent, économiste et conseiller auprès de la Ville de Paris, plaide pour une redéfinition des villes comme espaces de coopération plutôt que comme simples machines à croissance. Il souligne que l’élaboration de l’Indice du bien-être en ville (IBV) par Alternatives Économiques a été influencée par ses travaux. Cet indice vise à mer le bien-être local en tenant compte d’une variété d’indicateurs, permettant ainsi de valoriser la diversité des expériences humaines.

Laurent critique les politiques urbaines actuelles qui, selon lui, privilégient l’attractivité et la compétition entre les territoires, au détriment d’un véritable bien-être partagé. Il rappelle que les villes, historiquement, ont été conçues comme des lieux de vie et de coopération, et non pour alimenter le PIB.

Dans cette optique, il évoque les racines de la ville du bien-être, citant Aristote qui affirmait que la ville doit permettre à ses membres de bien vivre. Il mentionne également l’urbanisme du XIXe siècle qui plaçait le bien-être au cœur de sa vision, comme en témoigne le travail d’Ildefons Cerdà à Barcelone.

Laurent souligne qu’il n’existe pas de définition universelle de la ville, mais il insiste sur l’importance de considérer les coopérations sociales et naturelles comme des éléments essentiels pour appréhender les défis écologiques contemporains. Il note que 80 % de la population mondiale vit aujourd’hui dans des zones urbaines, ce qui souligne l’urgence de repenser ces espaces.

Il appelle à une réinvention des villes, qui, selon lui, doivent devenir des lieux de densité de coopérations. En réponse aux crises écologiques, il propose de rétablir des infrastructures écologiques et de favoriser les relations sociales, en transformant la densité humaine en densité des relations.

Laurent identifie déjà des exemples de villes en France sur cette voie, comme Grenoble et Lyon, qui mettent l’accent sur la coopération et le bien-être de leurs habitants. Cependant, il met en garde contre le risque de réserver ces initiatives aux seuls habitants des hypercentres ou aux touristes, soulignant que la justice sociale doit être au cœur de ces politiques.

Enfin, il évoque la nécessité de reconstruire des lieux de coopération, tels que des bibliothèques et des espaces communautaires, pour contrer l’isolement social croissant dans les villes modernes. Il conclut en affirmant que les zones rurales, souvent perçues comme des non-villes, peuvent offrir une densité de liens sociaux plus forte que dans les grandes agglomérations.

Source : Eloi Laurent, Alternatives Économiques.

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