Funérailles célestes au Tibet : une pratique ancestrale
Au Tibet, les rituels funéraires varient considérablement selon les régions, le statut social du défunt et les circonstances de la mort. Parmi ces pratiques, l’offrande aux vautours, ou « funérailles célestes », est particulièrement valorisée dans les communautés pastorales, comme l’indique la chercheuse britannique Margaret Gouin, auteure de Tibetan Rituals of Death: Buddhist Funerary Practices (Routledge).
Cette pratique est principalement observée dans le Tibet central et la région de l’Amdo, où les charognards demeurent présents. Toutefois, la chasse aux animaux sauvages a réduit leur nombre dans certaines zones, rendant ces rites plus difficiles à réaliser. Nicolas Sihlé, tibétologue, souligne cette préoccupation en notant que « la chasse aux animaux sauvages a été telle dans certains endroits qu’il n’y a plus autant de vautours qu’avant ».
Contexte culturel et rituel
Dans la banlieue de Lhassa, le monastère de Sera est un site de pèlerinage important pour ces rites. Plus d’un millier de sites d’exposition sont recensés à travers le plateau tibétain, le monastère de Drigung étant le plus vaste. Les autorités chinoises ont même reconnu ce site comme « exemplaire », sans interdire la pratique, mais en réglementant l’accès des curieux, surtout avec l’essor du tourisme.
Les étapes des funérailles
Après le décès, le corps est conservé dans la maison, replié en position fœtale, pendant plusieurs jours. Selon la tradition tibétaine, un mort négligé peut revenir sous forme de zombie, le ro-lang. Pour éviter cela, des rituels spécifiques peuvent être effectués, comme casser le dos du défunt. Le corps est ensuite transporté vers un « cimetière céleste », où il est préparé pour être offert aux vautours.
Les officiants, appelés ragyapa, sont responsables de la découpe du corps. Parfois, la chair est simplement entaillée avant d’être laissée aux charognards, tandis que d’autres fois, les os sont brisés et mélangés à de la tsampa (farine d’orge grillée) pour être offerts aux oiseaux. Ce soin apporté à ne rien laisser est considéré comme un bon signe.
La perception de la mort
Dans le bouddhisme tibétain, la mort est perçue comme une transition vers une nouvelle vie plutôt qu’une fin. Pendant les 49 jours suivant la mort, l’esprit du défunt est guidé par des rituels et des lectures, comme le Bardo Thödrol, qui l’encouragent à rester calme face aux divinités rencontrées. Au 49e jour, on considère que le défunt a trouvé le chemin de la renaissance, marquant la fin des contraintes de deuil les plus strictes.
Cette pratique, loin d’être négligée, est perçue comme un ultime acte de générosité envers d’autres êtres vivants, illustrant la valeur du corps dans le cycle des renaissances.
Source : La Libre Belgique



