Comment les « sorcières » de la résistance ukrainienne mènent une guerre secrète contre les occupants russes
Depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, la résistance ukrainienne a évolué vers une guerre de l’ombre, s’appuyant sur un travail de renseignement minutieux. De nombreuses femmes se sont engagées dans cette lutte, établissant de fausses relations en ligne avec des soldats russes pour recueillir des informations stratégiques.
Une opération révélatrice a été menée par Serhiy, un officier du renseignement militaire ukrainien, qui a créé une fausse identité en tant que femme au foyer. Après plusieurs mois d’échanges avec un commandant tchétchène, il a réussi à obtenir des informations précieuses, y compris des coordonnées militaires.
La plupart des femmes engagées dans ce type d’opérations n’ont pas reçu de formation professionnelle. Elles apprennent sur le terrain et échangent des manuels d’espionnage sous format papier pour éviter toute traçabilité numérique. Un ancien guide soviétique sur les tactiques de « catfishing » de la CIA est particulièrement prisé.
Des formations bénévoles
Olena Biletska, à la tête de la Garde des femmes ukrainiennes, a vu son organisation croître depuis l’annexion de la Crimée en 2014. En 2022, plus de 60 000 femmes ont été formées aux techniques d’autodéfense, de résistance et de collecte de renseignements. Ces femmes, souvent sous contrôle russe, continuent d’agir dans l’ombre pour leur pays.
Dans les zones occupées, elles sont devenues essentielles à la résistance, occupant des postes au sein des structures administratives mises en place par Moscou, ce qui leur permet d’observer et de rapporter les activités russes. Les préjugés de nombreux soldats russes, qui ne s’attendent pas à voir des femmes dans ces rôles, leur confèrent un avantage.
Victimes de violences sexuelles
Des témoignages révèlent que les expériences traumatisantes de la guerre ont renforcé la détermination des femmes à mettre fin à l’occupation. Roksana, ancienne employée d’une clinique près de Kherson, a décrit des scènes de violence quotidienne, où de nombreuses femmes sont devenues victimes d’abus.
La directrice d’un grand hôpital de Kiev, Tetyana Kostyantynivna, a rapporté une augmentation des cas d’agressions sexuelles parmi les femmes venues des territoires occupés. Entre 2022 et 2023, de très jeunes victimes, certaines âgées de seulement quatre ans, ont été prises en charge.
Rôle crucial des femmes
Les spécialistes affirment que les femmes jouent un rôle crucial dans la résistance ukrainienne. Petro Andriushchenko, responsable d’une cellule à Marioupol, souligne qu’elles peuvent accéder à des endroits où les hommes ne peuvent pas aller et accomplir des tâches que les hommes ne peuvent pas réaliser.
Des leaders de la résistance désignent leurs agentes sous le terme de « vidma », souvent traduit par « sorcière », mais qui signifie « savoir » dans la culture ukrainienne. Ces femmes, respectées pour leur sagesse, sont devenues des figures redoutées dans la guerre clandestine contre l’occupation russe, opérant discrètement et efficacement.
Source : The Atlantic
