Les Sauvages : l’évolution du street art en France avant le graffiti

Les Sauvages : L’histoire débridée du street art en France

Dans les années 1980, en France, une génération d’artistes un peu braques décide d’étaler frénétiquement son art sur tous les murs à l’exception des galeries et des musées. Un réjouissant retour sur un courant artistique fondateur un peu oublié.

Dans Les Sauvages d’Olivier Granoux, c’est un peu la préhistoire du street art en France que l’on (re)découvre. Bien avant l’arrivée du graffiti, des presque encore étudiants vont produire un art rebelle, gratuit et éphémère. Cette époque est aujourd’hui loin derrière. L’art des rues s’expose dans les musées et se vend dans les galeries.

L’exposition itinérante Beyond the Streets, qui a fait escale à Los Angeles, New York, Shanghai et Londres, a pris ses quartiers d’été à la Grande Halle de la Villette, à Paris, accueillant plus de mille visiteurs par jour. Le Petit Palais, musée des beaux-arts de la capitale, propose jusqu’au 20 septembre une « exploration » de l’art urbain avec 200 œuvres dans une grande exposition baptisée We Are [still] Here. En galerie ou aux enchères, l’art urbain atteint des sommets, comme pour Love Is in the Bin du street artiste Banksy, vendu à plus de 20 millions d’euros en 2021.

Le street art est retourné vers ces lieux dont voulaient s’échapper ces jeunes artistes français des années 80. Olivier Granoux explique que « le mouvement artistique qui précède l’arrivée du graffiti américain en France est composé de jeunes qui viennent tous d’écoles d’art. Mais ils étouffent, ils ne trouvent pas leur place dans le circuit classique de l’art avec ses galeries et ses musées. Alors ils sortent et investissent la rue. » Il ajoute que « dans l’inconscient collectif, tout le monde pense que c’est le graffiti américain qui arrive le premier dans la rue, mais l’art urbain est né d’abord en France à ce moment-là. »

Ces artistes, souvent en collectif, viennent de la musique punk et de la bande dessinée. Ils perçoivent leurs performances comme un concert, un live. « Ils ne sont pas dans une démarche commerciale. Ils ont un esprit libertaire, insouciant, mais ils posent les tables de la loi de l’art urbain : éphémère, gratuit, dans la rue et sans autorisation », précise Granoux.

Parmi ces pionniers, certains noms résonnent encore aujourd’hui comme Blek le Rat et Miss.Tic pour leurs pochoirs, Speedy Graphito et son diablotin rouge ou Jérôme Mesnager et ses fameux Corps blancs. Les collectifs comme Vive la Peinture, Banlieue-Banlieue, les Frères Ripoulin ou des Musulmans Fumants sont moins mémorables.

Olivier Granoux souligne que « ce sera leur force et leur talon d’Achille. Ils sont trop multiples, ils n’ont pas d’unité esthétique. » Leurs œuvres, par essence éphémères, échappent aux circuits commerciaux. À la fin des années 1980, l’arrivée des graffeurs avec la culture hip-hop ringardise cette culture punk en déclin.

Pourtant, les performances de ces artistes restent d’actualité. « Quand vous regardez leurs travaux, il n’y en a pas beaucoup qui font vieillot ou dépassé. Ça reste très actuel, même dans l’esthétique », conclut Granoux, qui a su retracer le parcours de ces « Sauvages » sans tomber dans un catalogue ou une approche universitaire rébarbative.

Les Sauvages, l’odyssée punk des pionniers du street art français, Olivier Granoux, éditions Alternatives. 25 euros.

Source : Franceinfo

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