Les quatre défis de la reconstruction de la forêt française
Rendant visite aux pompiers luttant contre les mégafeux de forêts girondines, le président de la République, Emmanuel Macron, a déclaré le 25 juillet : « Nous reconstruirons, nous réparerons, et nous serons présents aussi longtemps qu’il le faudra ». Cette promesse résonne avec son engagement en avril 2019, suite à l’incendie de Notre-Dame de Paris. Cependant, la tâche de reconstruire les massifs forestiers s’annonce plus complexe.
La nécessité d’une réflexion collective s’impose, loin des décisions prises dans l’urgence. Concevoir des massifs forestiers résilients nécessite l’élaboration de modèles de sylviculture adaptés aux effets du réchauffement climatique. L’État devra réviser sa politique d’aménagement du territoire, tandis que les élus locaux doivent anticiper les crises.
1/ Protéger la forêt des flammes
La réduction des risques d’incendie repose sur une meilleure application des règles existantes, notamment l’obligation légale de débroussaillement (OLD) en vigueur dans 52 départements. Cette obligation impose aux propriétaires de réduire les combustibles dans les forêts et aux abords des habitations. Actuellement, seulement 30 % des sites concernés sont régulièrement débroussaillés.
Éric Rigolot, spécialiste des feux de forêt à l’Inrae, souligne l’importance d’informer et d’accompagner les propriétaires, tout en renforçant les contrôles. Grégory Allione, député européen, insiste sur le fait qu’un euro investi dans la prévention peut éviter trois euros de dommages.
2/ Recomposer la forêt
Pour prévenir les incendies, il est également crucial d’agir structurellement. Selon le Haut Conseil pour le climat, la mortalité annuelle des arbres a augmenté de 125 % en dix ans. En 2025, un arbre replanté sur cinq est mort dans l’année. Le débat entre exploitation industrielle et gestion écologique de la forêt se renforce, rendant incertain le choix des essences à planter.
Hervé Le Bouler, ancien biologiste de l’ONF, rappelle qu’il est nécessaire de hiérarchiser les fonctions que doit remplir la forêt, telles que le maintien de la biodiversité et le stockage du carbone.
3/ Aménager le territoire autrement
Pauline Vilain-Carlotti, géographe de l’environnement, souligne que 90 % des incendies sont d’origine humaine et que 70 % se produisent dans l’interface forêt-milieu anthropisé. Protéger les zones habitées nécessite de « séquencer le territoire » en entourant les zones à risque de terrains peu combustibles. Les préfets doivent également réviser les plans de prévention des incendies.
4/ Réorganiser les services de secours
En réponse à la saison tragique des feux de l’été 2022, le gouvernement a décidé d’investir 150 millions d’euros entre 2023 et 2027 pour renforcer les moyens de lutte contre les incendies. Bien que des progrès aient été réalisés, des lacunes persistent dans les équipements disponibles.
Jérémie Degrande, sous-directeur du SDIS du Pas-de-Calais, propose que les bénéficiaires de l’action des pompiers contribuent au financement des services, et milite pour une adaptation du métier des pompiers.
La situation des forêts françaises nécessite une attention urgente et des politiques publiques adaptées aux risques d’incendie.
Source : Alternatives Économiques



