Meta accepte une amende de 17 milliards de dollars pour protéger les mineurs sur ses plateformes
Poursuivi par plusieurs États américains pour l’effet nocif des réseaux sociaux sur les mineurs, Meta a accepté de régler une amende qui pourrait atteindre 17 milliards de dollars, mettant ainsi un terme à un procès retentissant pour son image. Le géant du numérique s’est également engagé à modifier le fonctionnement de ses réseaux pour le jeune public.
Cet accord ne s’appliquera qu’aux mineurs des États américains concernés, mais les changements sont significatifs : limitation de l’utilisation d’Instagram et Facebook à deux heures par jour, interruption de l’accès entre minuit et six heures, blocage des filtres simulant des maquillages extrêmes ou des opérations de chirurgie esthétique, affichage d’un message de prévention toutes les 15 minutes d’utilisation ininterrompue, et invisibilisation du nombre de likes et de réactions aux publications.
Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur en sciences de l’information à l’Université de Nantes et auteur de l’ouvrage Le monde selon Zuckerberg, analyse la portée de cet accord. Il souligne que c’est la première fois qu’un acteur de cette dimension reconnaît son caractère toxique et que la justice le contraint à modifier substantiellement son fonctionnement. Les changements, tels que les arrêts nocturnes des applications, touchent une variable majeure : le temps passé sur ses services.
Cette affaire démontre que les entreprises du numérique savent déterminer l’âge de leurs utilisateurs et adapter leurs services en conséquence. Cependant, la mise en application de ces engagements devra être observée pour confirmer leur effectivité.
Concernant l’impact sur le modèle économique de Meta, il semble que les résultats financiers resteront bons malgré l’amende, car le modèle basé sur la collecte de données et la maximisation du temps passé sur les services ne sera pas modifié. Ce modèle est à l’origine de la toxicité reprochée aux plateformes, les contenus viraux et polarisants étant amplifiés pour récolter davantage de données.
Le débat sur la toxicité des plateformes dure depuis plus d’une décennie, soutenu par des enquêtes universitaires et des fuites de documents internes. Ce procès confirme que ces acteurs sont conscients de leurs effets nocifs et possèdent des outils pour les circonscrire, mais ne le feront que sous contrainte.
Les engagements pris par Meta concernent uniquement les mineurs dans une partie des États américains. Il reste à voir dans quelle me ces règles pourront être étendues à d’autres zones géographiques et à d’autres acteurs comme TikTok ou YouTube. En Europe, il est espéré que cette décision inspire une mise en action sur ce sujet.
En France, le débat sur l’interdiction des téléphones portables à l’école se poursuit, illustrant la complexité de la régulation des plateformes. Les plateformes doivent adapter leurs services à l’âge des utilisateurs, et la question de l’élargissement à l’ensemble des utilisateurs pourrait également être posée, car des engagements généralisés auraient un impact considérable sur le modèle économique.
Enfin, des alternatives au modèle économique actuel sont envisagées, comme l’interopérabilité des plateformes ou des modèles d’abonnement pour remplacer la publicité. Cependant, la mise en œuvre d’une alternative à grande échelle reste un défi.
Source : Olivier Ertzscheid, Le monde selon Zuckerberg (Editions C & F, 2020).

