Les obligations vertes, gadget financier de la transition écologique

Les obligations vertes : un outil financier au service de la transition écologique ?

Renforcement du réseau électrique en Slovénie, rénovation énergétique des hôpitaux en Grèce, élargissement du lit d’une rivière pour se protéger des inondations en République tchèque, construction d’un tramway à Tallinn (Estonie)… Tous ces projets ont vu le jour ces dernières années grâce à des émissions d’obligations vertes européennes. Mais de quoi s’agit-il ?

Une obligation verte, ou green bond en anglais, est un titre de dette émis par un acteur privé (entreprise, banque) ou public (État, collectivité) pour financer des activités spécifiques. La particularité d’une obligation verte est qu’elle impose à ses émetteurs que les fonds levés soient utilisés pour des projets ayant un impact positif sur le climat et la biodiversité.

Les premières obligations vertes ont été émises en 2008 par la Banque mondiale, suivies d’une croissance modérée jusqu’à l’accord de Paris en 2015, qui a propulsé ce marché. Selon Mireille Martini, experte en finance durable, « aujourd’hui, mille milliards d’obligations vertes sont émises chaque année dans le monde, soit une obligation sur huit. Les projets sont majoritairement portés par le secteur privé et concernent des parcs éoliens, solaires et du transport propre. »

Le défi de la véracité

Cependant, la question se pose : ces projets sont-ils réellement verts ? Pour aider les investisseurs à faire des choix éclairés, des labels ont été instaurés depuis les années 2010. Deux références majeures ont vu le jour, délivrées par l’International Capital Market Association (ICMA) et la Climate Bonds Initiative (CBI). Ces organismes exigent des émetteurs des preuves documentées de l’impact positif de leurs projets sur l’environnement, afin de limiter le greenwashing.

Néanmoins, des cas de greenwashing persistent. Par exemple, une demande d’extension de l’aéroport de Mexico a été rejetée pour obtenir le label vert, car l’investisseur proposait seulement d’installer des panneaux photovoltaïques sur les nouveaux bâtiments.

Labels et encadrement

Des labels régionaux, au nombre d’une quarantaine, ont également émergé, notamment en Chine et au sein de l’Union européenne. En 2024, l’UE a introduit le label EU Green Bonds Standard, aligné sur la « taxonomie européenne », un règlement de 2020 classifiant les activités économiques ayant un impact favorable sur l’environnement. Cependant, un rapport du think tank proeuropéen Bruegel indique que seulement 6 % des obligations vertes européennes émises par le secteur privé correspondaient à cette taxonomie.

Les labels restent volontaires et non encadrés par la législation, permettant aux émetteurs de s’autolabelliser « vert » sans risque, même si leur activité est potentiellement nuisible pour l’environnement.

Rentabilité versus durabilité

Un autre problème majeur est que les obligations vertes n’incitent pas nécessairement les marchés financiers à se verdir. La priorité des investisseurs demeure la rentabilité, comme le souligne la législation sur la « responsabilité fiduciaire », qui oblige les gestionnaires d’actifs à investir dans des projets rentables.

En conclusion, bien que les obligations vertes puissent avoir un impact positif en sensibilisant les entreprises à leurs engagements environnementaux, elles pourraient également être perçues comme un simple gadget financier. Selon Julien Lefournier, ancien des marchés des capitaux, « à défaut d’être incitatives, les obligations vertes illustrent tristement l’impuissance du système financier à se réformer lui-même. »

Source : Article original sur les obligations vertes.

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