Les mots fléchés sont-ils bons pour le cerveau ?
Bien plus qu’un simple passe-temps, les mots fléchés sollicitent la mémoire, le langage et la concentration. Peuvent-ils pour autant préserver les capacités cognitives ou prévenir la maladie d’Alzheimer ? Les recherches apportent des réponses encourageantes… mais aussi quelques nuances.
Quels sont les bienfaits des mots fléchés pour le cerveau ?
Les mots fléchés ne sont pas seulement un loisir. Plusieurs études suggèrent qu’ils pourraient contribuer à entretenir certaines fonctions cognitives. C’est notamment ce qu’a observé l’étude britannique PROTECT, menée par des chercheurs de l’Université d’Exeter et du King’s College de Londres auprès de plus de 17 000 adultes de plus de 50 ans. Les participants qui réalisaient régulièrement des mots fléchés obtenaient de meilleurs résultats à plusieurs tests évaluant l’attention, la mémoire et les capacités de raisonnement. Les auteurs rappellent toutefois qu’il s’agit d’une association et non d’une preuve de causalité.
Pour la neurologue Donia Mahjhoub, les mots fléchés ont un intérêt cognitif, mais leurs bénéfices sont surtout spécifiques aux capacités que l’on entraîne : “Faire beaucoup de mots fléchés rend notamment meilleur… aux mots fléchés. Cela mobilise certaines fonctions cognitives et contribue à entretenir la réserve cognitive, mais on ne peut pas affirmer que cela améliore globalement toutes les capacités du cerveau.”
Est-ce que les mots fléchés sont bons pour la mémoire ?
Oui, les mots fléchés peuvent contribuer à entretenir certaines formes de mémoire. C’est comme avoir un mot « sur le bout de la langue » : votre cerveau explore différents réseaux de connaissances jusqu’à retrouver la bonne réponse. Vous renforcez vos réseaux neuronaux et entretenez votre plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité à s’adapter et à créer de nouvelles connexions tout au long de la vie.
Cette recherche mobilise notamment la mémoire de travail, qui permet de conserver temporairement plusieurs informations, mais aussi la mémoire sémantique, où sont stockées les connaissances acquises au fil de la vie.
Ces mécanismes intéressent de près les chercheurs. Dans un essai clinique publié en 2022 dans NEJM Evidence, des adultes présentant un trouble cognitif léger ont été répartis entre un entraînement par mots fléchés et un entraînement cérébral informatisé. Après 18 mois de suivi, le groupe pratiquant les mots fléchés présentait de meilleurs résultats à certains tests cognitifs ainsi qu’un déclin moins marqué de la mémoire et des capacités fonctionnelles. Les auteurs estiment toutefois que ces résultats devront être confirmés par d’autres études.
Mots croisés et Alzheimer : que disent les études ?
À ce jour, aucune étude n’a démontré qu’une grille de mots empêchait à elle seule l’apparition de la maladie. En revanche, plusieurs travaux suggèrent qu’une activité intellectuelle régulière pourrait contribuer à développer et protéger la réserve cognitive. Plus cette réserve est importante, plus le cerveau semble capable de compenser les effets du vieillissement ou des premières lésions cérébrales.
C’est notamment ce qu’observe une étude qui a suivi pendant des années une cohorte de personnes âgées. Les participants les plus engagés dans des activités intellectuelles présentent en moyenne un déclin cognitif plus lent que les autres. Les chercheurs précisent toutefois qu’il s’agit d’une étude observationnelle et qu’elle ne permet pas d’établir un lien de cause à effet.
Combien de minutes par jour faut-il faire des mots fléchés ?
Il n’existe pas de durée idéale validée par la science. En revanche, les spécialistes s’accordent sur un point : mieux vaut une pratique régulière qu’une longue séance occasionnelle. Consacrer une quinzaine à une vingtaine de minutes par jour à des mots fléchés ou à un autre jeu de réflexion est déjà une bonne habitude. L’objectif n’est pas la performance, mais de continuer à solliciter régulièrement ses capacités cognitives.
Si une grille devient trop facile, n’hésitez pas à augmenter progressivement le niveau de difficulté. Le cerveau apprécie les défis : c’est lorsqu’il doit sortir de ses automatismes qu’il est le plus stimulé.
Les mots fléchés suffisent-ils à garder un cerveau en bonne santé ?
Malheureusement, non. Même si les mots fléchés sont un excellent moyen d’entretenir certaines fonctions cognitives, ils ne peuvent pas, à eux seuls, maintenir un cerveau en bon état. Pour préserver ses capacités intellectuelles au fil des années, les neurologues recommandent d’associer plusieurs habitudes de vie.
- Une activité physique régulière améliore notamment la circulation sanguine cérébrale.
- Une alimentation équilibrée apporte les nutriments indispensables au bon fonctionnement des neurones.
- Le sommeil, les interactions sociales, la lecture, l’apprentissage de nouvelles compétences ou encore la pratique d’une activité psychocorporelle jouent également un rôle important.
Mots croisés : quels bienfaits ? Y a-t-il une vraie différence avec les mots fléchés ?
La principale différence réside dans la présentation des définitions. Les mots fléchés, grâce à leurs indices directement intégrés dans la grille, sont souvent plus accessibles. Au final, les bénéfices sont très proches : l’essentiel est surtout de choisir le jeu qui vous donne envie de jouer régulièrement.
Mots fléchés, mélés ou croisés : lequel est le meilleur pour le cerveau ?
Il n’existe pas de réponse unique. Chaque jeu fait travailler des compétences différentes. Par exemple, le sudoku sollicite le raisonnement logique et les capacités de planification. Certains jeux vidéo d’action peuvent également améliorer la vitesse de traitement de l’information ou certaines formes d’attention, même s’ils ne stimulent pas les mêmes réseaux cérébraux que les jeux de lettres.
Pour les spécialistes, le meilleur exercice reste donc. la diversité. Alterner les activités oblige le cerveau à s’adapter sans cesse, ce qui constitue une stimulation plus riche que de répéter toujours le même type d’exercice.
Source : Santé Magazine



