Les missions spatiales prolongées pourraient nuire à la santé des femmes astronautes.

Les missions spatiales prolongées pourraient affecter la santé des femmes astronautes : une découverte importante pour les futures bases lunaires

Les missions spatiales prolongées pourraient affecter la santé des femmes astronautes : une découverte importante pour les futures bases lunaires

Depuis que la NASA, l’ESA et leurs partenaires privés planifient sérieusement l’installation de bases lunaires habitées et des missions de longue durée vers Mars, un angle mort persiste dans les protocoles médicaux : quel impact subit l’organisme, et notamment la flore vaginale des femmes, lorsqu’il est soumis, à long terme, aux contraintes de ce milieu ? Microgravité, stress physiologique, perturbations circadiennes ou bombardement de rayonnements cosmiques sont autant de facteurs environnementaux dont les effets sur la santé gynécologique restent à défricher.

Historiquement, la médecine spatiale s’est concentrée sur des sujets masculins, laissant des pans entiers de la biologie féminine dans une zone d’ombre scientifique. Une équipe de l’Université de Floride du Sud, menée par la chercheuse et gynécologue Begum Mathyk, a publié le 25 mai 2026 dans la revue Frontiers in Microbiology la toute première étude consacrée aux effets des conditions de vol spatial sur le microbiome vaginal. Ce dernier est un écosystème bactérien dont l’équilibre est primordial pour le système immunitaire des muqueuses, la protection contre les infections et la santé reproductive. Avec la multiplication des équipages mixtes, cette thématique est désormais incontournable.

Pour conduire leur expérience, l’équipe a convié quatre femmes en âge de procréer à embarquer à bord d’un Falcon-20, un bimoteur d’affaires fabriqué par Dassault Aviation, reconverti en laboratoire volant. L’appareil a enchaîné neuf paraboles au cours desquelles il montait en chandelle avant de basculer en arc balistique, permettant de simuler l’apesanteur. Durant la phase de chute libre, les participantes étaient soumises à une vingtaine de secondes de microgravité quasi totale (0,0 G), encadrées par des phases d’hypergravité à environ 2 G. Au total, les participantes ont encaissé 167 secondes en apesanteur et 387 secondes en hypergravité, soit suffisamment pour soumettre l’organisme à un stress gravitationnel comparable à celui des premières heures d’un vol orbital.

Des échantillons oraux et vaginaux, prélevés avant et après le vol, ont été analysés par séquençage métagénomique. Au total, 57,9 % des espèces bactériennes identifiées dans le microbiome vaginal ont subi des modifications significatives après le vol, contre seulement 2,54 % dans la flore buccale. Les populations se sont restructurées, avec une plus forte dominance des Lactobacillus (en particulier L. crispatus et L. jensenii), des bactéries qui maintiennent l’acidité du milieu et protègent la muqueuse contre les agents pathogènes.

Bien que la prolifération de ces bactéries puisse sembler positif, elle s’est faite au prix d’un appauvrissement de la diversité des autres populations bactériennes. Le cortisol salivaire, indicateur hormonal produit sous l’effet du stress, a grimpé chez toutes les participantes. Les concentrations urinaires d’acides gras à chaîne courte, impliquées dans la régulation immunitaire et la protection des muqueuses, ont nettement reculé, indiquant un stress biologique aigu.

Cette étude reste exploratoire, notamment en raison de la taille réduite de la cohorte et des conditions du vol qui n’ont pas permis d’exposer les participantes aux radiations d’un réel séjour orbital. Begum Mathyk souligne la nécessité de mener des études longitudinales pour déterminer la persistance et les implications sanitaires de ces changements lors de missions de plus longue durée. Le vide théorique sur ce sujet est presque aussi vaste que celui dans lequel de plus en plus de femmes seront envoyées : nos futures pionnières n’ont pas à essuyer des plâtres qui datent du siècle dernier.

Source : Frontiers in Microbiology

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