Les actrices des luttes anticoloniales : Thioumbé Samb, première détenue politique du Sénégal
Adja Arame Thioumbé Samb, née en 1928 à Dakar, est reconnue comme l’une des figures emblématiques de la lutte pour l’indépendance du Sénégal. En 1958, elle fait partie des militantes qui réclament l’indépendance immédiate auprès du général de Gaulle. Deux ans plus tard, elle devient la première femme détenue politique du pays, arrêtée pour avoir contesté une tentative de fraude électorale à Saint-Louis. Elle est également membre du Parti africain pour l’indépendance (PAI) pendant 25 ans.
L’historienne Penda Mbow évoque son héritage : « Le nom de Thioumbé Samb résonne. Très jeune, j’ai entendu mon père parler d’elle. Il disait qu’elle était une bagarreuse, une femme forte et battante. C’est le modèle de la femme militante. » Bien qu’elle n’ait pas été scolarisée, Thioumbé Samb a joué un rôle crucial dans l’organisation de réunions clandestines et la diffusion de tracts en faveur de l’indépendance.
Engagée politiquement dès 1957, elle a continué à militer même lorsque le PAI a été interdit. Diabou Bessane, journaliste et réalisatrice d’un documentaire sur les femmes de l’indépendance, souligne : « Elle a pris tous les risques. Elle a créé le PAI clandestin et a même installé une imprimerie dans son salon pour continuer à imprimer les tracts. »
En 1958, lors de la visite de de Gaulle à Dakar, elle fait partie des militantes qui exhibent des pancartes qu’elle a en partie rédigées. Deux ans plus tard, elle est emprisonnée pendant six mois pour son opposition à la fraude électorale. Souvent traitée de communiste, elle est déconsidérée par les hommes politiques. Thioumbé Samb meurt en 2001, mais son nom figure aujourd’hui sur une liste de femmes proposées pour le renommage de rues à Dakar.
Source : RFI



