Les lunettes connectées suscitent des tensions en Europe face à des usages controversés.

Les usages

Les lunettes connectées suscitent la colère en Europe

Les dérives liées aux lunettes connectées, parfois utilisées pour filmer des femmes et des enfants à leur insu, provoquent une colère croissante en Europe. Les appels à interdire ces dispositifs dans les espaces publics, voire à en interdire la vente, se multiplient.

Ces montures, équipées de capteurs, caméras et haut-parleurs, sont présentées par les experts en technologie comme la nouvelle révolution des objets « intelligents », après les montres et bracelets connectés. Le groupe américain Meta a transformé ces lunettes en accessoires de mode, s’associant à des marques populaires comme Ray-Ban et Oakley. Cet été, Meta a même lancé un modèle capable de reproduire la voix de l’influenceuse Kylie Jenner, renforçant ainsi son attrait commercial.

Cependant, alors que les ventes de ces lunettes commencent à décoller, un retour de bâton s’opère. Au Royaume-Uni, des médias ont tiré la sonnette d’alarme contre ces « lunettes perverses ». L’association française e-Enfance a signalé une augmentation des vidéos humiliantes filmées avec ces dispositifs, diffusées en ligne sans le consentement des personnes concernées.

Elle a reçu, via la plateforme d’écoute des victimes de violences numériques (le 3018), une vingtaine de signalements de femmes filmées à leur insu, principalement avec des modèles de Meta. Ces femmes ont souvent été ciblées par des créateurs de contenus cherchant à les filmer dans des situations embarrassantes. Les vidéos postées sur des réseaux sociaux tels que TikTok, Instagram ou X ont entraîné moqueries et messages haineux à leur encontre.

La ville d’Oslo, en Norvège, a décidé de bannir les lunettes équipées de caméras dans les établissements scolaires, tandis que le pays envisage d’interdire les fonctions de reconnaissance faciale sur ces appareils. Des préoccupations similaires émergent au sein de l’Union européenne et au Royaume-Uni.

Mateusz Pozar, un Suédois, a lancé le site BanRay.eu, où il propose des affiches interdisant le port de ces lunettes. Cette initiative a été inspirée par une expérience personnelle où sa petite amie a été filmée sans son accord. Son objectif est d’initier un débat sur la protection des données et les droits individuels.

Meta, sollicité par l’AFP, défend ses innovations tout en indiquant avoir mis en place des garde-fous pour empêcher les abus. Chaque paire de lunettes est dotée d’une lumière LED qui clignote lorsque l’utilisateur filme ou prend des photos, un mécanisme qui n’existe pas sur les téléphones. De plus, cacher ou endommager cette lumière désactive automatiquement la caméra.

L’eurodéputée slovaque Veronika Cifrova Ostrihonova a interpellé la Commission européenne pour s’asr que ces montures respectent les règles de protection des données. Elle souligne que les femmes ne devraient pas avoir à craindre d’être filmées à leur insu et appelle à une réglementation européenne stricte.

Au Royaume-Uni, une pétition intitulée « Stop Smart Glasses » a recueilli plus de 9 000 signatures en un mois, approchant le seuil qui obligerait le gouvernement à y répondre. Les initiateurs de cette pétition estiment que ces lunettes contribuent à un climat de méfiance et représentent une étape vers une surveillance totale.

Source : France 24

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