Finies les grandes fenêtres et l’exposition sud : les Français en quête de logements à l’ombre face au réchauffement climatique
Sous l’effet des vagues de chaleur répétées, les acheteurs et locataires en France intègrent désormais le risque de surchauffe dans leurs critères d’achat. Des éléments tels que l’isolation sous les toits, l’orientation, la présence de climatisation, de volets ou de logements traversants deviennent déterminants pour concrétiser une transaction. Cette évolution pousse le marché immobilier à s’adapter durablement à la hausse des températures.
Avec trois vagues de chaleur survenues en un été, les Français commencent à prêter attention à des critères comme la présence de volets, de climatiseurs, voire de piscines, ainsi que l’exposition au soleil. Joseph Denke, agent immobilier chez FredéLion à Paris, souligne que « l’exposition sud n’est plus autant demandée qu’avant » et que la chaleur à l’intérieur des appartements, notamment au dernier étage d’immeubles haussmanniens, devient insupportable.
La chaleur ressentie lors de visites immobilières suscite des doutes chez les potentiels acheteurs. Camille Couturier, intermittent du spectacle, exprime ses inquiétudes quant à la viabilité d’un appartement sous les toits, se projetant sur une période de 10 à 15 ans. Il s’interroge sur sa capacité à « utiliser cet appartement de manière vivable » ou s’il devra « fuir comme tout le monde parce qu’il fait trop chaud ».
Selon une étude de Pouget Consultants et Ignes, un logement sur deux en France serait une « bouilloire thermique ». De plus, une enquête menée auprès de 1.750 utilisateurs de la plateforme Leboncoin révèle que 80 % d’entre eux ont ressenti un inconfort lié aux fortes chaleurs. Un tiers des répondants n’exclut pas de déménager si les canicules s’intensifient.
Sophie Bourg, directrice marketing de Leboncoin immobilier, indique que les canicules ne sont plus perçues comme des « épiphénomènes », mais sont intégrées de manière structurelle dans les choix résidentiels. Elle affirme que « la fraîcheur et le confort d’été sont devenus des critères immobiliers à part entière ».
Les acheteurs ne se contentent plus d’évaluer le logement, mais s’intéressent également à son habitabilité. Ils posent des questions concrètes sur les températures pendant les vagues de chaleur, la possibilité d’aérer la nuit, ou la qualité du sommeil dans les chambres, selon Yann Jéhanno, président du réseau Laforêt.
Cette préoccupation a des conséquences sur certains biens, qui perdent en attractivité. Christian Tokoto, agent immobilier chez Guy Hoquet Paris 5 Maubert, constate que des appartements avec de grandes vitres ne trouvent pas preneur, car les clients les jugent trop chauds.
Quant à la climatisation, elle n’est plus perçue comme un tabou. Yann Jéhanno affirme que sa présence est un « énorme point fort » pour de nombreux acheteurs, surtout dans les appartements. Les propriétaires mettent désormais en avant des caractéristiques liées au confort d’été dans leurs annonces.
L’impact des canicules sur les choix géographiques est plus difficile à évaluer. En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, 18 % des habitants sondés envisagent sérieusement de partir, contre seulement 1,3 % en Bretagne. Sophie Bourg nuance que « l’on n’assiste pas encore à un exode », mais que les Français choisissent de plus en plus en fonction du confort climatique.
Il reste à déterminer si ces tendances sont pérennes ou si les préoccupations liées à la chaleur s’estomperont avec l’automne. Yann Jéhanno note que le dérèglement climatique a un impact sur l’immobilier, rendant difficile la projection sur 10 à 20 ans d’un prêt immobilier.
Source : AFP



