Les Français et les consultations chez le kinésithérapeute : une tendance croissante à analyser.

Les Français vont-ils trop chez le kiné ?

Les Français vont-ils trop chez le kiné ?

Chaque été, en amont des débats budgétaires, l’Assurance maladie publie un rapport sur l’évolution de ses « charges et produits » accompagné de propositions pour « améliorer la qualité du système de santé et maîtriser les dépenses ». Cette année, un long chapitre est consacré aux dépenses de masso-kinésithérapie, qui affichent une croissance supérieure à 4 % par an depuis dix ans. En 2025, le volume global d’honoraires (hors dépassements) a atteint 7,1 milliards d’euros. Avec un taux moyen de prise en charge de 75 %, cela représente une facture de 5,3 milliards pour l’Assurance maladie, en hausse par rapport à 3,6 milliards en 2015. L’Assurance maladie qualifie cette croissance de 47 % en dix ans de « défi de soutenabilité ».

Cette augmentation des dépenses est corrélée à une hausse significative de l’offre de soins. En janvier 2026, le Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes a recensé plus de 108 000 professionnels en activité, dont 86 % exercent en libéral, ce qui représente une augmentation de 37 % par rapport à dix ans auparavant. Une partie de ces professionnels a obtenu leur diplôme à l’étranger, en raison de l’exigence d’une première année universitaire d’études de santé (PASS ou L.AS) pour accéder aux instituts de formation en masso-kinésithérapie en France.

Le rapport soulève également la question de savoir si cette nouvelle offre de soins a généré sa propre demande. En effet, le nombre de patients a augmenté de 22,7 % en dix ans, atteignant 12,9 millions en 2025. Le traitement moyen est passé de 23 séances par patient en 2015 à 25,3 séances en 2025, entraînant une explosion du nombre total de consultations, qui est passé de 239 millions en 2015 à 327 millions en 2025, soit une augmentation de 36,5 %.

Cependant, cette hausse des consultations n’a pas permis d’accroître les revenus des masseurs-kinésithérapeutes, qui font face à une « quasi-stagnation » de leurs revenus, avec une croissance cumulée de seulement 0,3 % entre 2015 et 2025. Le modèle actuel est décrit comme étant « triplement perdant » : l’Assurance maladie voit ses dépenses augmenter trop rapidement, les professionnels stagnent en termes de revenus, et l’accès aux soins pour les patients reste inégal.

Le Conseil de l’ordre de la profession plaide pour un accès direct aux soins, sans prescription médicale préalable, ce qui pourrait générer des économies pour l’Assurance maladie évaluées à 1,3 milliard d’euros par an. La répartition géographique des kinés libéraux est très inégale, avec une densité moyenne de 115 professionnels pour 100 000 habitants, variant de 47 pour 100 000 en Seine-Saint-Denis à 269 pour 100 000 dans les Hautes-Alpes.

En 2021, un effort a été fait pour réduire les disparités d’accès aux soins, mais les résultats demeurent mitigés. Les patients des zones considérées comme « très sous-dotées » bénéficiaient en moyenne de 18 séances de kinésithérapie par an en 2014, contre près de 25 dans les zones surdotées. En 2021, cet écart s’est réduit, mais les raisons de cette convergence ne sont pas encore bien comprises.

L’Assurance maladie attribue l’augmentation des dépenses de soins à divers facteurs, dont 30 % au vieillissement de la population, 15 % à la nouvelle tarification des actes, et près de 55 % aux « évolutions de pratiques », c’est-à-dire l’augmentation de la fréquence et de la durée des traitements.

Pour contenir cette hausse, l’Assurance maladie envisage de s’inspirer des pratiques européennes, notamment en modulant le taux de prise en charge en fonction de la sévérité des pathologies. Par ailleurs, l’accès direct aux soins est désormais autorisé pour les kinés exerçant dans des structures de soins, et des expérimentations sont en cours dans plusieurs départements.

À l’heure actuelle, les recherches en économie de la santé ne permettent pas de conclure que l’augmentation du nombre de masseurs-kinésithérapeutes crée sa propre demande, ni que les Français consultent pour des soins de confort.

Source : Assurance maladie

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