Le paradoxe de l’ultra‑trail : pourquoi les femmes excellent mais sont sous‑représentées

Le paradoxe de l’ultra-trail : pourquoi les femmes excellent mais sont sous-représentées

Le 9 mai 2026, Rachel Entrekin, kinésithérapeute américaine de 34 ans, a réalisé un exploit en devenant la première femme à remporter le Cocodona 250, une course de 402 kilomètres à travers l’Arizona. Elle a non seulement gagné la course, mais a aussi pulvérisé le record absolu de l’épreuve, devançant le premier homme de plus d’une heure. Cet événement a été qualifié de « moment historique » par la presse, mais il soulève une question plus large : pourquoi les femmes, bien que performantes, sont-elles si peu nombreuses dans les ultra-trails ?

L’ultra-trail, qui désigne toute course nature dépassant la distance du marathon, révèle un paradoxe. En effet, plus la distance augmente, moins les femmes s’inscrivent, alors que leurs performances se rapprochent de celles des hommes. Selon des données compilées par Mathilde Plard, sur 10 kilomètres, les femmes représentent 40 % des participants, avec un écart de performance de 19 % par rapport aux hommes. Sur des distances de 100 miles, ce chiffre tombe à 16 % avec un écart de 4,5 %. Au-delà de 200 kilomètres, moins de 10 % des participants sont des femmes, et l’écart se réduit à 3 %.

Malgré ces performances, les femmes sont confrontées à des obstacles sociaux et géographiques. Par exemple, l’atlas mondial de la féminisation du trail montre que 34 % des finisheuses se trouvent au Canada, 31 % aux États-Unis, mais seulement 17 % en France. Ces chiffres illustrent que les conditions d’accès à la pratique de l’ultra-trail varient considérablement d’un pays à l’autre, influencées par des facteurs tels que le temps d’entraînement réduit par les tâches domestiques, le coût du matériel, et des préoccupations de sécurité.

Les recherches indiquent également que les femmes ultra-traileuses sont exposées à un déficit énergétique relatif, un phénomène qui peut affecter leur santé physique et mentale. De plus, une étude canadienne a montré que les coureuses, face à l’épuisement, développent des dynamiques de soutien mutuel, remettant en question l’idée de la compétition individuelle.

Les chiffres concernant l’UTMB, une des courses les plus prestigieuses, révèlent que seulement 18 % des candidatures pour 2026 sont féminines. Cela soulève des interrogations sur la véritable envie des femmes de participer à ces épreuves, car le processus de sélection est complexe et nécessite de nombreuses qualifications.

Pour que le paradoxe se résolve, il est essentiel de collecter des données ouvertes et désagrégées sur la participation des femmes, afin de mieux comprendre les dynamiques en jeu et d’inscrire les performances féminines dans une histoire continue de l’ultra-trail.

Source : Mathilde Plard, The Conversation

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