À la recherche des fondements du nouveau protectionnisme américain

À la recherche des fondements du nouveau protectionnisme américain

Pour comprendre la logique de la nouvelle politique commerciale américaine et ses répercussions sur l’ordre mondial, il est essentiel d’en disséquer les fondements politiques et économiques, tant intérieurs qu’internationaux. Cela permet de distinguer le narratif de l’action politique, les mythes des réalités, et ainsi de lever le voile sur cette imprévisibilité devenue doctrine.

Les États-Unis sont-ils en train de rééquilibrer les flux commerciaux et financiers mondiaux au nom de leur sécurité économique ? L’incertitude liée à l’imposition de nouveaux droits de douane est-elle l’essence de la diplomatie trumpienne, une phase transitoire ou un « chaos commercial », selon les termes du sénateur Bernie Sanders ? Ces questions illustrent l’incertitude entourant la politique commerciale de Donald Trump, qui repose en partie sur deux narratifs entremêlés : la réindustrialisation et la sécurité économique.

Jobs, jobs… jobs ?

Le premier narratif concerne la protection de l’emploi aux États-Unis et la réindustrialisation, une vision ancrée dans une nostalgie de l’Amérique industrielle du XIXe siècle et des Trente Glorieuses, consubstantielle au slogan Make America Great Again. Cela a également servi de recette électorale pour le mouvement trumpiste, comme en témoigne la résurgence du vote républicain dans les États pivots de la Rust Belt (Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin) lors des dernières élections présidentielles. Cependant, durant le premier mandat de Donald Trump (2017-2021), les chiffres de l’emploi contredisaient ce programme protectionniste. La guerre commerciale contre la Chine (2018-2019) aurait coûté entre 175 000 et 300 000 emplois à l’industrie américaine, avant que la pandémie n’aggrave la situation.

Actuellement, l’emploi industriel américain affiche une baisse relative mais constante depuis la fin de l’année 2024. Les investissements dans la construction d’usines marquent le pas après une hausse historique liée à la politique industrielle de Joe Biden (2021-2025), notamment dans les secteurs des renouvelables et des semi-conducteurs. Les nouvelles taxes douanières, ainsi que l’incertitude qu’elles entraînent, ont des répercussions sur l’ensemble de l’économie américaine. Une enquête récente révèle qu’une entreprise sur cinq prévoit de réduire son recrutement au second semestre 2025, contre une sur dix l’année précédente.

Les dessous des négociations commerciales américaines

La question se pose de savoir si nous sommes dans une période transitoire, précédant le rapatriement des investissements productifs sous la menace de l’arme douanière. Les négociations récentes de l’administration républicaine ont permis d’obtenir des concessions tarifaires et des promesses d’investissement. L’Union européenne a promis des investissements de 600 milliards de dollars d’ici à 2028, la Corée du Sud 350 milliards et le Japon 550 milliards. Sur le papier, cette diplomatie musclée pourrait contribuer à la résurgence de la puissance industrielle américaine.

La réalité de la main-d’œuvre américaine soulève cependant des questions. En 2025, le Bureau des statistiques du travail (BLS) estime le nombre d’emplois industriels non pourvus à 400 000. Ce manque de main-d’œuvre, aggravé par le départ à la retraite des baby-boomers, les coupes budgétaires dans les programmes de formation et les restrictions migratoires, limite l’ampleur du projet de réindustrialisation.

En somme, la politique commerciale actuelle des États-Unis, teintée de protectionnisme, soulève de nombreuses interrogations quant à sa viabilité et ses conséquences sur l’économie nationale et internationale.

Source : Areion24.news

Source
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *