Les Étains de Lyon : Un Atelier d’Artisanat d’Exception
Labellisés Entreprise du Patrimoine Vivant, Les Étains de Lyon se distinguent comme l’un des trois derniers ateliers en France à concevoir des comptoirs en bois recouverts d’étain. Fondée en 1947, l’entreprise a été reprise par la famille Laurent dans les années 2000, perpétuant ainsi un savoir-faire en danger qui n’est plus enseigné. La fabrication de ces comptoirs en étain figure désormais sur la liste des métiers d’art rares français, établie par le programme Per Durare.
Un Matériau Noble à Valoriser
Lorsque Grégory et Xavier Laurent prennent les rênes de l’atelier en 2001, ils héritent d’une entreprise alors nommée la Dinanderie Lyonnaise, spécialisée dans la production d’objets usuels tels que carafes et pichets. Les Laurent choisissent de se concentrer exclusivement sur les comptoirs et les plans de travail, en réponse à un savoir-faire en voie de disparition. Sébastien Chapellet, directeur commercial, souligne que « l’étain est le troisième matériau noble après l’argent et l’or », et que la famille Laurent souhaite préserver l’esprit traditionnel du bistrot chic français.
Comptoirs en Zinc ou en Étain ?
L’étain utilisé par l’atelier est différent des alliages d’autrefois. Il se présente sous forme de lingots à 98 % de pureté, enrichis de 2 % de cuivre pour asr souplesse et durabilité. Transformé en feuilles de deux millimètres d’épaisseur, ce matériau vit et se patine avec le temps. L’expression « boire un coup sur le zinc » remonte à la Seconde Guerre mondiale, lorsque les comptoirs en zinc furent réquisitionnés par les Allemands. À la Libération, les bistrotiers improvisèrent avec des chutes de zinc, mais aujourd’hui, ces comptoirs sont principalement en étain.
Du Zinc au Sur-Me Absolu
Les Étains de Lyon se spécialisent dans le sur-me, une approche qui commence par un plan d’architecte. Chaque pièce est soigneusement conçue et assemblée selon les besoins spécifiques de chaque projet. Les finitions varient, allant du brossé traditionnel au poli brillant, et chaque pièce est estampillée et numérotée.
Transmettre sans École
Cinq artisans travaillent actuellement dans l’atelier, mais aucun d’entre eux n’a appris son métier dans une école dédiée, car il n’en existe plus. Ils ont été formés en interne, avec un minimum de six mois requis pour maîtriser les gestes nécessaires. Cette fragilité de la main-d’œuvre est une des raisons pour lesquelles le projet Per Durare vise à documenter les savoir-faire rares et à soutenir leur transmission.
L’Étain se Réinvente
Actuellement, 50 % de l’activité de l’atelier est dédiée aux professionnels, notamment dans les restaurants, hôtels et brasseries en France. L’autre moitié se tourne vers l’international, avec des projets en Belgique, Suisse, Angleterre et Chine, ainsi que des créations pour des particuliers. L’atelier explore de nouvelles textures pour le mobilier et l’habillage mural, visant à élargir son champ d’expérimentation.
Aujourd’hui, des métiers d’art séculaires deviennent des métiers rares. Les artisans d’art doivent être reconnus comme de véritables créateurs, et des moyens doivent être mis en œuvre pour asr la transmission et la pérennisation de leurs savoir-faire.
Source : Connaissance des Arts

