Ce que les managers oublient quand ils arrivent au sommet

Ce que les managers oublient quand ils arrivent au sommet

Jean-Baptiste Marion, chef de mission chez Médecins Sans Frontières (MSF) depuis 20 ans, souligne l’importance de la modestie dans le management. Selon lui, le véritable atout d’un manager réside dans sa capacité à reconnaître qu’il n’est pas indispensable. Entré chez MSF à 22 ans sans expérience professionnelle, il a acquis une expertise précieuse en supervisant des programmes dans des pays en crise, où chaque décision peut avoir des conséquences humaines significatives.

Marion explique que la modestie qu’il évoque n’est pas celle de façade souvent affichée dans les bilans d’entreprise, mais une modestie structurelle. Il affirme que, dans de nombreuses situations, le manager est là non pas parce qu’il est le plus compétent, mais parce qu’il vient d’ailleurs. Il compare le rôle d’un manager à celui d’un disjoncteur dans un système électrique : « Si quelque chose saute, c’est nous. »

L’illusion selon laquelle un manager est toujours le porteur de solutions est courante dans le monde professionnel. Cependant, cette perception est souvent inexacte. À son arrivée chez MSF, Jean-Baptiste a constaté que les équipes locales possédaient une connaissance approfondie du contexte, des dynamiques sociales et des risques réels, alors que lui n’avait qu’une compréhension de son organisation et de ses procédures. « Notre plus-value technique est souvent limitée. Ce qui compte, c’est de connaître son organisation et son contexte, et de rester suffisamment longtemps pour apporter quelque chose de pertinent », affirme-t-il.

Ce type de management, qui privilégie l’écoute et la reconnaissance des compétences des équipes, est essentiel, notamment dans le secteur humanitaire où la mémoire opérationnelle est souvent portée par les équipes locales. Cependant, dans beaucoup d’organisations, les managers sont encore souvent promus sur la base de leur expertise technique plutôt que sur leurs capacités relationnelles.

Développer une modestie structurelle dans le management implique de reconnaître ses limites, d’écouter ceux qui ont une meilleure connaissance du terrain et de valoriser les compétences des équipes. Marion insiste sur l’importance d’apporter de la stabilité et de transmettre le savoir, une nécessité dans un environnement où les coordinateurs sont souvent remplacés tous les six à douze mois.

La perception héroïque des professionnels de l’humanitaire à leur retour de mission peut créer un déséquilibre entre l’image renvoyée et la réalité vécue. Jean-Baptiste rappelle que souvent, « nous recevons beaucoup plus que nous ne donnons ». Ce déséquilibre peut mener à des comportements risqués, soulignant l’importance de la modestie comme protection contre soi-même et les environnements qui peuvent surévaluer les performances.

En conclusion, la modestie dans le management ne signifie pas se dévaloriser, mais plutôt adopter des pratiques qui favorisent l’écoute, la reconnaissance des compétences et la stabilité. Dans un monde qui célèbre l’individu performant, cette compétence reste l’une des plus difficiles à évaluer et, paradoxalement, l’une des plus utiles.

Source : Jean-Baptiste Marion, chef de mission chez Médecins Sans Frontières

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