Michel Goya, ancien colonel des troupes de marine : « Avec les drones, on ne combat plus de la même manière »

Avec les drones, on ne combat plus de la même manière

ENTRETIEN — Alors que le front du Donbass semble figé, et que les attaques de drones et de missiles balistiques se multiplient des deux côtés, le colonel Michel Goya analyse les bouleversements majeurs dans l’art de la guerre entraînés par le conflit ukrainien.

LA TRIBUNE DIMANCHE — L’utilisation massive des drones a-t-elle réellement révolutionné l’art de la guerre ?
MICHEL GOYA — L’arrivée de ces appareils a complètement changé la manière de combattre, avec un tournant en 2023 et 2024. Ce que l’on apprenait auparavant sur le combat d’infanterie est devenu obsolète. Depuis la Première Guerre mondiale, l’artillerie était responsable de 70 % des pertes : aujourd’hui, ce sont les drones. On ne peut plus faire de grandes manœuvres de masse, de grandes percées avec des blindés accompagnés d’infanterie. Cela crée une exposition beaucoup trop importante.

Désormais, pour progresser de manière furtive et échapper à la détection, les soldats utilisent le terrain, revêtent des capes anti-thermiques pour que la chaleur qu’ils émettent ne soit pas détectée, se déplacent la nuit ou par mauvais temps, et combattent de manière dispersée. La cellule de base n’est plus le groupe, mais une équipe de trois ou quatre soldats, autonomes, capables de prendre des initiatives. Parmi eux, l’un est armé d’un fusil à pompe pour détruire les drones. Les véhicules restent à l’arrière.

Dans votre livre Théorie du combattant, vous réhabilitez le groupe de combat d’infanterie comme outil ultime, celui qui, grâce aux hommes qui le composent, permet d’emporter la victoire. Peut-on considérer les dronistes ukrainiens comme un groupe de combat de fantassins ?
Oui, car cela reste une action relativement rapprochée. On peut comparer les drones dans le ciel à des snipers : ils observent tout et peuvent tirer précisément, mais d’un peu plus loin. C’est un intermédiaire entre le tir indirect (comme le mortier) et le tir horizontal direct. Ces opérateurs se positionnent généralement un peu en arrière de la ligne de contact. Ils restent le plus près possible pour maximiser l’allonge de leurs drones FPV, qui s’utilisent sur quelques kilomètres. La manœuvre moderne consiste à faire infiltrer et progresser les fantassins devant pour pouvoir faire avancer les dronistes derrière. Lors de la bataille de Pokrovsk, les Russes se sont infiltrés dans la ville pour y installer des dronistes afin de frapper les axes logistiques ukrainiens situés plus loin.

Source : La Tribune

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