Les data centers spatiaux d'Elon Musk seraient une menace pour les grands télescopes

Les data centers spatiaux d’Elon Musk : une menace pour les grands télescopes

Un million de satellites pour SpaceX et 50 000 miroirs pour revendre de la lumière après la tombée de la nuit : les astronomes européens s’inquiètent des conséquences de ces projets sur l’observation du ciel. L’Observatoire européen austral (ESO), situé dans le désert chilien de l’Atacama, a récemment publié une étude dans la revue Astronomy & Astrophysics, mesurant l’impact potentiel des mégaconstellations de satellites sur ses télescopes. Actuellement, l’industrie spatiale envisage d’envoyer 1,7 million de satellites en orbite basse, une part significative étant revendiquée par Elon Musk.

Un million de satellites et des miroirs brillants

SpaceX a déposé une demande auprès de la FCC (le régulateur américain des télécommunications) pour un projet ambitieux consistant à lancer un million de satellites destinés à des centres de données orbitaux. Ces satellites visent à délocaliser les calculs d’intelligence artificielle en orbite, profitant d’une source d’énergie solaire continue. En parallèle, la start-up Reflect Orbital prévoit de déployer 50 000 miroirs orbitaux d’ici 2035, capables de renvoyer de la lumière solaire après le coucher du soleil. Chaque miroir pourrait briller quatre fois plus que la pleine Lune, impactant gravement l’observation astronomique.

Les simulations de l’étude de l’ESO estiment que, dans le pire des scénarios, le Very Large Telescope pourrait perdre jusqu’à 28 % de son champ de vision à cause des traînées lumineuses, tandis que l’observatoire Vera-Rubin, doté de la plus grande caméra numérique du monde, verrait ses images rendues inutilisables plusieurs heures par nuit.

Appel à un plafond de 100 000 satellites

Les préoccupations des astronomes ne sont pas nouvelles. En mai 2019, les premiers trains de satellites Starlink avaient déjà perturbé les observations astronomiques, entraînant des réactions vives au sein de la communauté scientifique. SpaceX avait alors tenté d’atténuer la brillance de ses satellites, mais la situation a évolué avec des prévisions de 42 000 satellites en 2020 à quarante fois plus aujourd’hui.

L’ESO plaide pour l’établissement d’un plafond mondial de 100 000 satellites en orbite basse, à condition qu’ils ne soient pas visibles à l’œil nu. Selon l’une des autrices de l’étude, dépasser cette limite constituerait une « menace existentielle » pour l’astronomie, risquant de créer un environnement où les objets artificiels surpasseraient en nombre les étoiles visibles.

La réglementation est en cours de discussion à Washington, où l’ESO, la Royal Astronomical Society et l’Union astronomique internationale ont soumis de nombreux commentaires à la FCC. L’Europe propose également son propre projet, l’EU Space Act, qui exigerait des opérateurs qu’ils limitent la pollution lumineuse de leurs satellites, une exigence jugée « inacceptable » par les autorités américaines.

L’observatoire Vera-Rubin, construit pour détecter les astéroïdes potentiellement dangereux pour la Terre, pourrait se retrouver dans une situation où il manquerait des menaces réelles en raison d’une pollution lumineuse excessive.

Source : ESO

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