Les coursiers rouennais veulent créer une Maison des livreurs :

Après un hiver rugueux passé dans les rues rouennaises, la corporation des livreurs (désormais constituée en association) espère disposer d’un local dans lequel se regrouper et se reposer entre deux courses. Ce projet d’une « Maison des livreurs » est soutenu par la mairie.

« Lors de notre assemblée générale, tout le monde n’a parlé que de ça. Les livreurs ont besoin d’un local à eux« . Au téléphone, le ton de Soumah Mohamed, secrétaire de l’association de soutien et accompagnement des livreurs de Rouen (ASALR), est plein de détermination.

« L’hiver on souffre beaucoup, confie-t-il. Nous n’avons pas d’endroit pour nous réchauffer, pour aller aux toilettes ou tout simplement pour recharger nos batteries de vélo et de téléphone.« 

A Rouen, les livreurs ont des points de rendez-vous réguliers, mais qui restent en plein milieu de la rue, sans accès à l’électricité, à l’eau, ou à des toilettes. © Agathe Tournoux

Dans une profession déjà précaire, avec en moyenne 63 heures de travail par semaine pour des salaires peu élevés, les conditions sont souvent rudes.

« Certains ont des douleurs dorsales, de la fatigue chronique, ou font des dépressions nerveuses », explique Soumah Mohamed. La corporation, constituée en association depuis l’année dernière, a voulu prendre exemple sur les villes de Grenoble, Bordeaux, Nantes et Paris où des « Maisons des livreurs » ont été créées avec l’appui de la municipalité.

Un endroit pour se réchauffer l’hiver, mais aussi pour échanger et partager leurs difficultés, souvent communes.

« Beaucoup de livreurs sont sans-papiers et sont visés par des OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français, ndlr) », explique le représentant. Une mobilisation d’ampleur avait d’ailleurs eu lieu en 2023 pour défendre deux livreurs Amazon, menacés d’expulsion.

« Avec la pression des livraisons, cela fait parfois beaucoup de stress. Un endroit pour se retrouver, cela pourrait apaiser un peu.« 

Mais bâtir ce QG n’a rien d’une promenade de santé. Entamées depuis quelque temps, les négociations avec la mairie n’ont pas permis de trouver un local municipal à mettre à disposition des livreurs.

Les services de la ville ont tout de même voulu accompagner ce projet qu’ils estiment important. « Cela leur permettrait d’améliorer leurs conditions de travail qui sont vraiment difficiles, s’émeut Zohra Amimi, adjointe au maire de Rouen en charge des solidarités. On va continuer à les accompagner jusqu’à la réalisation de ce projet, avec du mécénat privé. Pour trouver la partie manquante de la somme.

Pour réaliser cette « Maison des livreurs », l’association va devoir débourser 21 000 euros. Un terrain a été trouvé au Quartier Libre, un tiers-lieu culturel et associatif de 8000 m² situé près du Département de la Seine-Maritime, sur la rive gauche de Rouen.

Des constructions modulaires doivent être installées et aménagées pour créer le local souhaité par la profession, d’où cette facture élevée.

Ce lundi 4 mai, l’association a reçu une première bonne nouvelle. La mairie accordera une subvention de 8000 euros pour la création de ce QG, qui devrait être votée lors du conseil municipal du 25 juin prochain. « Mais on n’est pas en me de financer la totalité de cette enveloppe« , explique Zohra Amimi.

Avec l’aide de la mairie, l’ASALR cherche désormais des fonds privés auprès d’autres mécènes. Une cagnotte en ligne va être lancée pour récolter des fonds.

Certaines associations ont par ailleurs déjà annoncé qu’elles donneraient un coup de pouce aux livreurs. Comme Médecins du Monde qui, depuis l’année dernière, accueille l’association des livreurs dans son local de la rue d’Elbeuf.

« Ils nous ont déjà beaucoup aidés, remercie Soumah Mohamed, car grâce à eux, nous avons pu organiser des ateliers de français pour les livreurs. Beaucoup d’entre nous ne savent ni lire, ni écrire en français. Alors que la langue est la première ressource quand on travaille dans un pays.« 

Pour se serrer les coudes, la corporation compte sur la création de cette Maison des livreurs rouennaise. Sa concrétisation reste conditionnée à l’obtention de financements, ainsi qu’à l’accord du Quartier Libre. La direction du tiers-lieu doit se prononcer prochainement sur la validation de ce projet lors d’une assemblée générale. Affaire à suivre.

Source : France 3 Régions.

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