Les bagnes italiens à l’époque du Premier Empire
Avec la création de l’« Empire aux 130 départements », le système des bagnes impériaux s’étend à des territoires jusque-là situés à l’extérieur de la France. En Italie, trois bagnes sont ainsi récupérés : cette période éphémère n’a pas marqué les esprits et a laissé peu de traces dans l’Histoire.
Le terme « bagne » provient de l’italien bagno (bain). Le premier bagne européen a été construit en 1598 dans le port de Livourne, sous le grand-duc de Toscane Ferdinand Ier de Médicis. L’origine du mot est sujette à controverses, évoquant soit la proximité d’un lieu de détention avec un établissement de bains à Constantinople, soit l’humidité des murs de ces établissements. Le bagno pénal de Livourne introduit un concept relativement nouveau : l’emploi des forçats comme rameurs à bord des galères devient secondaire, et ces détenus sont désormais utilisés pour l’entretien des navires de guerre. Ils travaillent à l’extérieur le jour et ne sont enfermés que la nuit. Au début du XVIIe siècle, un bagne important est construit à Civitavecchia, le principal port des États de l’Église sur la mer Tyrrhénienne. D’autres bagnes existent à Gênes et La Spezia, ainsi que dans le Royaume de Naples, notamment à Castellamare di Stabia et Palerme.
En 1809, le bagne de Gênes compte 838 forçats
Après les guerres d’Italie, l’empire de Napoléon annexe le nord-ouest et le centre de l’Italie : le Piémont devient français en 1802, la Ligurie en 1805, la Toscane en 1808, et le Latium et l’Ombrie en 1809. Le système administratif napoléonien s’impose alors, transformant les bagnes existants en « bagnes français ». En 1809, le bagne de Gênes compte 838 forçats, celui de La Spezia 638, et Civitavecchia héberge environ 1500 détenus. À titre de comparaison, Toulon abrite 4 432 forçats à la même époque. Dans l’ensemble, ces forçats bénéficient d’une certaine liberté de mouvement, d’une nourriture convenable et d’une rémunération modeste, leur condition étant meilleure que celle des détenus emprisonnés.
De fréquentes révoltes
La discipline dans les bagnes italiens est parfois laxiste, et des révoltes sont fréquentes. En août 1793, à Civitavecchia, 300 rameurs se mutinent à bord de la galère San Pietro, maîtrisant son équipage et s’emparant d’armes avant de descendre à terre, nécessitant l’intervention de la milice. Avant même leur transformation en établissements français, ces bagnes perdent leur raison d’être avec la disparition des galères et ne survivent que par inertie administrative. Le bagne de Livourne ferme définitivement en 1766.
Après l’épisode napoléonien, les bagni penali italiens continuent d’exister. En 1861, avec la création du Royaume d’Italie, le maintien de ces établissements est de nouveau débattu, mais aucune action n’est entreprise. En 1866, vingt-six bagnes sont encore en activité, dont cinq centraux, avec une population totale de 11 219 forçats. Ces établissements sont finalement abolis en 1891, et le site de Civitavecchia est utilisé comme prison sous le régime fasciste, enfermant des opposants politiques, dont le futur président de la République Sandro Pertini.
Bibliographie : Alvazzi del Frate (Paolo), Le istituzioni degli “Stati Romani” nel periodo napoleonico (1808-1914), Roma, Euroma, 1990 ; Ilari (Virgilio) et Crociani (Piero), La marina ligure di Napoleone 1797-1814 ; Canosa (Romano) et Colonnello (Isabella), Storia del carcere in Italia dalla fine del Cinquecento all’Unità, Roma, Sapere, 2000.


