Les cloches suisses, entre tradition et politique
Dans le canton de Fribourg, la famille Brügger forge depuis trois générations des cloches, ces objets emblématiques de l’imaginaire rural suisse. Depuis la pandémie, elles sont toutefois devenues aussi des instruments de protestation. Une appropriation problématique, estime un ethnologue.
Avant même d’apercevoir la fonderie Brügger, on l’entend. À peine descendu du bus à Villars-sur-Glâne, aux portes de Fribourg, le bruit du marteau frappant la tôle parvient jusqu’à nous. À l’entrée de l’atelier, une odeur de fumée, de charbon et de métal chauffé à blanc nous enveloppe. Alexis Brügger, âgé de 26 ans, a pris la relève de l’entreprise familiale après le décès de son père en 2019, puis de son grand-père quelques mois plus tard.
«Il n’existe aucun apprentissage pour ce métier», souligne Alexis. À 22 ans, il a abandonné son métier de carreleur pour perpétuer la tradition lancée par son grand-père Marius. «Je n’avais aucune expérience», raconte-t-il. Après de nombreux week-ends passés à essayer, il a mis six mois avant de réussir à fabriquer sa première cloche.
La fonderie Brügger produit des cloches sous la marque Paul Morier de Morges, reconnue pour sa qualité. Chaque cloche nécessite environ 4000 coups de marteau pour être façonnée. Le processus de fabrication est long, impliquant plusieurs étapes, allant du forgeage à la soudure.
Cependant, ces cloches, traditionnellement associées à la ruralité suisse, ont pris une nouvelle résonance pendant la pandémie. Les cortèges des Freiheitstrychler, présents lors des manifestations contre les mes sanitaires, ont transformé le son des cloches en symbole de contestation.
«La cloche n’est ni conservatrice ni progressiste», explique Konrad Kuhn, ethnologue à l’Université de Bâle. Pour lui, le sens d’une cloche dépend du contexte dans lequel elle est utilisée. Par exemple, une cloche lors d’un événement sportif n’a pas la même signification qu’une cloche utilisée dans une manifestation.
Kuhn souligne que même si l’agriculture a perdu de son importance économique, les objets traditionnels, comme les cloches, conservent une forte valeur identitaire. «Les traditions évoluent», affirme-t-il. Une appropriation politique de ces symboles peut créer une frontière entre ceux qui adhèrent à un message et ceux qui souhaitent simplement perpétuer une tradition.
Pour l’heure, les cloches continuent de séduire. À la fonderie Brügger, Alexis ne manque pas de travail, une situation qu’il apprécie malgré les défis que représente son métier.
Source : Swissinfo



