Pet-parenting : nos chiens et nos chats deviennent-ils nos enfants ?
« Mon bébé » ou « mon fils », ce ne sont pas les surnoms que Maxime donne à son enfant, mais à Yoshi, un croisé Shiba Inu Pomsky. Pour annoncer son arrivée dans la famille, le “nouveau papa” a réalisé des montages à la gender reveal, le montrant prêt à accueillir un enfant. Si le but était de faire rire ses amis, cela souligne bien la place du chien au sein de cette famille. « On se voit vraiment comme ses parents », admet-il.
À poil, à plume ou à écaille, les animaux de compagnie, en particulier les chats et les chiens, ne sont plus considérés comme de simples animaux, mais comme de véritables membres de la famille. Selon un sondage réalisé en janvier 2025 par Ipsos pour Santévet, 69 % des Français considèrent leur animal comme un membre de la famille et 36 % d’entre eux verbalisent le fait de le considérer comme un enfant.
On assiste à de nouvelles relations inter-espèces, à une redéfinition de la famille, où l’animal a une place centrale, à tel point qu’un nouveau phénomène émerge depuis quelques années : le pet-parenting.
Les pet-parents, des parents presque comme les autres ?
Le « pet parenting », ou « parentalité animale », consiste à adopter une posture de parent avec son animal, en accordant une attention particulière à son alimentation, sa santé, son éducation et son bien-être physique et émotionnel. L’idée est simple : le pet-parent prend soin de son animal comme il le ferait avec un enfant. Avoir un chien devient même un véritable projet éducatif. Le propriétaire ne se définit alors plus comme un « maître », mais comme une « dog mum » ou un « dad cat ». Vétérinaire de formation, Hélène Gateau raconte dans son ouvrage Pourquoi j’ai choisi d’avoir un chien (et pas d’enfant) son lien fusionnel avec Colonel, son border terrier, qu’elle décrit comme « sa famille ».
Une récente étude hongroise (2025) souligne d’ailleurs la singularité de ce lien. La relation entre un chien et son propriétaire serait hybride et présenterait à la fois des caractéristiques du lien parent-enfant et celles d’une amitié intime.
Ce phénomène, bien qu’existant depuis quelques décennies aux États-Unis et dans certains pays d’Asie, est beaucoup plus récent en Europe, notamment en France. Il s’explique par l’apparition de nouveaux schémas familiaux, plus protéiformes, moins enfermants que la famille nucléaire traditionnelle. « La famille n’est plus seulement humaine et la parentalité prend parfois des formes moins normatives », explique Émilie Dardenne, professeur des universités et spécialiste des études animales.
Le pet-parenting séduit surtout les jeunes générations
« Le phénomène d’individualisation des animaux de compagnie est encore plus visible chez les plus jeunes », relève Émilie Dardenne. Principaux « pet-parents », 81 % des 18 – 25 ans et 78 % des 25-34 ans conçoivent qu’on peut préférer avoir un chien ou un chat plutôt qu’un enfant selon une étude Yougov/Ultima (2024). Ils choisissent de concentrer leur affection, leur temps et leur budget sur un animal.
Sans compter que, sur le plan relationnel et sociologique, « la relation avec les animaux apporte une certaine sécurité ontologique », explique Émilie Dardenne. Par leur présence, leurs habitudes et leur affection, les animaux offrent un sentiment de stabilité et de continuité.
Pet-parenting : les besoins de nos animaux sont-ils vraiment respectés ?
« La pet-parentalité ne veut pas dire que les intérêts des animaux sont pris en compte », concède Émilie Dardenne. « Il y a aussi beaucoup de fétichisation », rappelle Hélène Gateau. Difficile d’ignorer l’essor d’un marché florissant autour de ce phénomène, avec des garde-robes miniatures, des psychologues canins et des objets connectés. Cela soulève la question de savoir si ces pratiques répondent aux réels besoins des animaux ou simplement aux désirs des propriétaires.
S’il est naturel de s’inquiéter pour son animal, il faut rester vigilant face à l’anthropomorphisme. « Les animaux-compagnons, même considérés comme tels, ne sont pas des enfants. Ils sont des membres d’autres espèces avec des besoins spécifiques », explique Émilie Dardenne.
Conclusion
Le pet-parenting reflète des évolutions culturelles et sociétales, mais il soulève également des questions sur la manière dont nous percevons et traitons nos animaux de compagnie. La relation entre humains et animaux, bien que riche et complexe, reste marquée par des dynamiques de pouvoir et des attentes parfois irréalistes.
Source : Ipsos pour Santévet, Yougov/Ultima, Émilie Dardenne, Hélène Gateau.

