Les banques adoptent la tokenisation sans désintermédiation des services financiers.

Les banques ne seront pas désintermédiées, elles seront tokenisées

Les banques ne seront pas désintermédiées, elles seront tokenisées

Après le vote de la commission Econ sur l’euro numérique, le débat européen continue de se concentrer sur des questions inappropriées. Depuis dix-huit mois, il oppose ceux qui annoncent la fin des banques face aux stablecoins à ceux qui n’y voient qu’une mode passagère. Ces deux perspectives négligent une transformation majeure : la tokenisation des banques.

L’étude EY-Parthenon de juin 2025, réalisée auprès de 350 décideurs financiers d’entreprises et d’institutions, révèle que les trésoriers sont prêts à adopter les stablecoins pour leurs paiements internationaux, à condition de passer par leur banque, leur tiers de confiance historique. Cette exigence est partagée par 86 % des plus grands groupes. De plus, 79 % des institutions financières prévoient de collaborer avec un partenaire tiers pour construire l’infrastructure nécessaire. Les entreprises souhaitent bénéficier de la même simplicité pour les paiements internationaux que pour leurs usages numériques : instantanéité, transparence et disponibilité permanente.

Il existe un signal de marché clair : la demande pour ces services est mûre. Toutefois, cela ne signifie pas que les banques seront désintermédiées. Au contraire, elles devront proposer ces nouveaux services au sein de leur propre environnement relationnel, tout en respectant leurs standards de sécurité.

Les acteurs historiques portent la transformation

Un autre aspect essentiel du débat concerne l’engagement des grandes infrastructures historiques dans cette transformation. L’organisme de compensation américain DTCC développe des travaux sur les actifs tokenisés, tandis que Swift construit son registre interbancaire. Visa, de son côté, accélère sur Visa Direct et les rails on-chain. Plusieurs grandes banques internationales ont initié des programmes axés sur le dépôt tokenisé. Ce mouvement n’est pas défensif, mais témoigne de la reconnaissance que la blockchain est devenue une infrastructure légitime et intégrable dans le secteur bancaire, soutenue par des cadres réglementaires comme le règlement MiCA en Europe ou le Genius Act américain.

Pourquoi le tokenised deposit, pas le stablecoin public

Pour les paiements institutionnels transfrontaliers, le stablecoin public représente un instrument de transition, déjà opérationnel à grande échelle. En 2025, les transferts en stablecoins ont atteint 28 000 milliards de dollars, dépassant les volumes cumulés de Visa et Mastercard. Cependant, à horizon cinq ans, l’infrastructure dominante pour les flux institutionnels devrait être le dépôt tokenisé.

Un dépôt tokenisé conserve son cadre juridique tout en offrant des avantages tels que l’exécution en temps réel et la programmabilité. Contrairement à un stablecoin, qui est une créance sur un émetteur privé, un dépôt tokenisé reste un dépôt bancaire, ce qui est essentiel pour la Banque centrale européenne et les régulateurs.

Une transformation déjà engagée par les institutions européennes

Les grandes institutions européennes avancent dans leur transformation. La Banque centrale européenne progresse sur le projet d’euro numérique, dont le cadre a été validé par la commission Econ du Parlement européen le 23 juin 2026, avec un déploiement prévu pour 2029. Parallèlement, plusieurs banques européennes explorent les stablecoins régulés et les dépôts bancaires tokenisés, montrant que ces deux instruments peuvent coexister et répondre à des besoins différents.

La souveraineté monétaire européenne se construira sur un éventail d’instruments complémentaires, tous ancrés dans le cadre réglementaire européen. Pour les banques, cette transformation représente une opportunité significative. Elles ne seront pas seulement utilisatrices de la finance tokenisée, mais également émettrices, et bénéficieront de cette nouvelle économie.

Le moment d’apprendre est maintenant

La compétence d’orchestration des flux tokenisés deviendra, dans dix ans, aussi stratégique que la gestion de la liquidité l’est aujourd’hui. Cette compétence doit être développée progressivement. Les institutions qui investiront tôt dans cette courbe d’apprentissage seront celles qui géreront les nouveaux rails de paiement internationaux, par lesquels un volume de 290 000 milliards de dollars de flux internationaux annuels transiteront d’ici 2030.

Les banques ne disparaîtront pas ; elles se tokeniseront. Il en va de leur souveraineté.

Source : EY-Parthenon, 2025.

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