Ils sentent les choses avant les autres : les auteurs et scénaristes scandinaves avaient tout prévu
Inventé en 1930, le « modèle suédois », connu localement sous le nom de folkhemmet (la maison du peuple), continue de captiver l’attention, près d’un siècle plus tard. Ce concept, qui envisage une société où l’État providence prend en charge le bien-être de chacun, a d’abord été un idéal avant de se concrétiser. Sylvain Briens, scandinaviste et coauteur de Poétocratie, souligne que la littérature nordique a souvent anticipé les évolutions sociales en Suède.
À la fin du XIXe siècle, en pleine révolution industrielle, le dramaturge suédois August Strindberg évoquait déjà le risque d’épuisement des ressources et l’importance des énergies renouvelables. De même, Henrik Ibsen, dans son œuvre Un ennemi du peuple, aborde des thèmes comme l’égalité homme-femme et propose une vision prémonitoire de l’organisation sociale à venir.
Pär Lagerkvist, futur Prix Nobel de littérature, publie en 1932 Le Bourreau, un ouvrage qui anticipe la montée du nazisme et la lâcheté collective. En 1972, Maj Sjöwall et Per Wahlöö prédisent l’assassinat d’Olof Palme, qui sera effectivement tué en 1986 à Stockholm, marquant un traumatisme national. Les polars nordiques, de Henning Mankel à Stieg Larsson, mettent également en lumière des problématiques contemporaines telles que la xénophobie.
Les scénaristes scandinaves semblent également devancer la réalité. La série Borgen, qui présente une femme à la tête du Danemark, a été diffusée avant l’arrivée au pouvoir de Helle Thorning-Schmidt et Mette Frederiksen. De plus, la série Occupied traite de l’occupation russe de la Norvège, diffusée peu avant l’annexion de la Crimée en 2014. D’autres productions, comme Jour Polaire et Enfer blanc, se déroulent dans des régions désormais au centre de l’actualité internationale.
« Les auteurs et scénaristes du Nord sont des sismographes », affirme un professeur de la Sorbonne. « Ils sentent les choses avant les autres. »
Source : L’Express.
