Les actrices des luttes anticoloniales: au Maroc, les anonymes oubliées [3/10] - Reportage Afrique

Les actrices des luttes anticoloniales : au Maroc, les anonymes oubliées

Nous poursuivons notre série d’été sur les actrices méconnues de la décolonisation. Au Maroc, le récit national met en avant l’action des hommes, ne laissant qu’une minorité de femmes reconnues pour leur rôle dans la lutte pour l’indépendance. Cette perception suggère que les Marocaines ont eu un impact négligeable, alors que leur contribution à la libération du royaume est encore largement sous-explorée par les historiens. Matthias Raynal a mené une enquête sur ces figures oubliées.

La sociologue marocaine Fadma Aït Mous souligne dans un article de 2021 que « la place des femmes dans l’Histoire marocaine, notamment durant le protectorat, reste très peu visible. Les quelques écrits qui y sont consacrés concluent à l’absence de reconnaissance du rôle des femmes dans la lutte anti-coloniale ».

Mustapha Qadery, professeur d’histoire à l’université Mohammed V de Rabat, explique que « les hommes s’accaparent le rôle et ce sont les hommes qui parlent d’eux-mêmes. Parce qu’on a énormément de mémoires de résistants ». La conquête française du Maroc, qui s’est étendue sur plusieurs décennies, a vu des femmes participer activement aux conflits. Qadery note que « sans elles, je ne crois pas qu’il y aurait eu cette résistance acharnée ».

Des poétesses marocaines ont également joué un rôle clé en préservant le souvenir des guerres. Selon le chercheur, « on a des traces de femmes qui ont laissé leur nom par des couplets évoquant les malheurs de cette guerre. Certaines émergent sur le plan local, mais ne figurent pas dans le récit national ».

Dans les années 1940-50, la lutte pour l’indépendance s’intensifie, notamment dans les villes. « On sait que dans le monde urbain, la lutte était politique : revendications par la presse et formation de partis politiques », indique Qadery. L’apparition de la djellaba féminine est liée au début de la sortie des femmes dans l’espace public.

L’historienne Assia Benadada, dans son article de 1999, affirme que « des femmes de toutes les catégories sociales et de toutes les régions se sont investies dans le mouvement nationaliste », soulignant que leur rôle a été marginalisé même dans le discours nationaliste.

Source : RFI

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