L’afflux de migrants à Ceuta est-il un acte de « guerre hybride » ? La justice espagnole enquête
Un rapport contesté de la police espagnole évoque une certaine passivité des autorités marocaines à la frontière espagnole, voire une assistance aux personnes souhaitant rejoindre Ceuta. Une enquête a été ouverte.
La justice espagnole a officiellement lancé lundi une enquête sur l’entrée en fin juillet de dizaines de milliers de migrants dans l’enclave nord-africaine de Ceuta, indiquant des indices suggérant « une indéniable gestion favorisant » ce processus depuis le Maroc.
Les faits pourraient constituer plusieurs infractions, notamment des délits « portant atteinte à la paix ou à l’indépendance de l’État » espagnol, selon la juge Maria Tardón. Dans un communiqué de l’Audience nationale, cette haute juridiction basée à Madrid souligne que « l’utilisation des flux migratoires constitue l’une des méthodes employées dans les opérations de ‘guerre hybride’ ». La magistrate note des « vagues de différentes intensités et profils » qui ont provoqué « l’effondrement des capacités de réponse du système espagnol de contrôle frontalier et une violation massive de la souveraineté territoriale de l’Espagne ».
« Une indéniable gestion favorisant le processus d’entrée de ces migrants à Ceuta »
Mme Tardón s’appuie sur un rapport de la police espagnole, divulgué récemment, qui conclut que l’entrée de plus de 70 000 personnes sur ce petit territoire espagnol ne résulte pas « d’actions de nature accidentelle, occasionnelle ou spontanée ». Le rapport indique également qu’il a été mis en évidence « une indéniable gestion favorisant le processus » d’entrée de ces migrants à Ceuta « depuis le territoire du Royaume du Maroc ».
Selon la décision judiciaire, « différents membres en uniforme des forces de sécurité marocaines » auraient non seulement adopté une attitude de « permissivité », sans chercher à « disperser ou éloigner » les personnes de la zone frontalière, mais auraient également exercé un « accompagnement actif », en fournissant des indications sur la manière de franchir la frontière vers Ceuta.
Pas de preuves solides, admet le gouvernement Sánchez
Malgré ce rapport, le gouvernement de Pedro Sánchez a affirmé qu’il n’existait pas, à ce stade, de « preuves solides » démontrant que le Maroc avait encouragé l’entrée massive de migrants à Ceuta, un territoire dont le royaume chérifien revendique la souveraineté. Les autorités marocaines n’ont pas officiellement réagi à ce rapport, mais la presse marocaine l’a qualifié de « bâclé » et « subjectif ».
Outre les atteintes potentielles à la paix de l’État espagnol, la magistrate estime que des infractions contre les droits des ressortissants étrangers pourraient également avoir été commises, pouvant inclure des « homicides involontaires ». Au moins 83 personnes ont perdu la vie en tentant de rejoindre Ceuta à la nage. Dans les heures suivant cette arrivée massive, la majorité des migrants sont retournés au Maroc, mais plusieurs milliers sont restés sur place. La situation dans l’enclave demeure tendue, avec plusieurs manifestations d’habitants de Ceuta réclamant leur expulsion déjà survenues.
Source : AFP

