Rattrapée par le chaos climatique, l’énergie nucléaire sur la touche

Rattrapée par le chaos climatique, l’énergie nucléaire sur la touche

Le 12 août, près de 20,4 % du parc nucléaire français était hors service, un chiffre record depuis 2015. Treize réacteurs sont concernés, dont huit complètement à l’arrêt et cinq au ralenti, en raison de « contraintes environnementales » et de « causes externes liées à l’environnement », selon les données d’EDF. Les fleuves, après plusieurs vagues de chaleur, sont trop chauds ou insuffisants en débit, rendant difficile le refroidissement des installations. À Gravelines, par exemple, des méduses ont obstrué les prises d’eau de la plus grande centrale nucléaire d’Europe occidentale.

À Golfech, le réacteur n°2 a été arrêté le 8 août, car la Garonne menaçait d’atteindre 28 °C, seuil au-delà duquel la centrale doit réduire sa production pour protéger la faune aquatique. Des situations similaires se produisent à Bugey, Saint-Alban et Tricastin, où les températures élevées des eaux du Rhône ont conduit EDF à moduler la production.

L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASN) impose des limites strictes à l’échauffement des cours d’eau, ce qui complique la situation. Cet été, seule la centrale du Bugey a demandé une modification temporaire de ces prescriptions.

Dans les Ardennes, le débit de la Meuse a chuté, entraînant l’arrêt des deux réacteurs de Chooz, non pas pour des raisons de sûreté, mais pour respecter un accord garantissant un débit minimal aux usagers du fleuve.

La situation actuelle souligne l’impact direct du changement climatique sur l’énergie nucléaire, qui, malgré sa réputation de source d’énergie pilotable, est vulnérable aux conditions environnementales extrêmes. Le 12 août, jusqu’à 7,3 gigawatts de puissance nucléaire étaient indisponibles, ce qui a provoqué une hausse des prix de l’électricité en raison d’une demande accrue.

Les réacteurs nucléaires, bien qu’ils puissent fonctionner sans vent ni soleil, dépendent crucialement d’une source d’eau froide pour leur refroidissement. En Hongrie, la centrale de Paks a vu sa production s’effondrer en raison d’un niveau d’eau exceptionnellement bas du Danube, tandis qu’en Roumanie, la centrale de Cernavodă a dû s’arrêter pour la première fois depuis 2003, en raison de conditions similaires.

Les défis posés par la sécheresse et la hausse des températures obligent EDF à envisager des investissements colossaux, estimés à 8,7 milliards d’euros d’ici 2040, pour adapter ses installations aux exigences climatiques futures. L’ASN insiste sur la nécessité d’une approche territorialisée pour gérer l’impact accumulé de plusieurs sites nucléaires sur les ressources en eau.

L’énergie nucléaire, bien que considérée comme une solution bas carbone, doit faire face à une réalité climatique qui remet en question sa viabilité à long terme.

Source : AFP.

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