Nous accaparons l’eau au lieu de l’utiliser deux fois
Le 20 août, Météo France a publié son bilan de l’été : les sols n’ont jamais été aussi secs en France. Après un printemps proche des normales, juin n’a reçu que 50 % des précipitations attendues et juillet près de 70 % de moins que la normale, devenant ainsi le troisième juillet le moins arrosé depuis 1959 et le mois le plus chaud observé, tous mois confondus. Les orages qui ont suivi n’ont pas changé la donne : une pluie qui tombe trop vite sur des sols durcis ruisselle au lieu de s’infiltrer. Actuellement, 99 départements sont concernés par des restrictions, et près de 80 % d’entre eux comptent des zones placées en crise, le niveau maximal.
Le sujet de l’eau a été pris en charge par le pouvoir politique, mais principalement pour organiser le partage d’une ressource qui devient rare. La loi d’urgence agricole, validée cet été par le Conseil constitutionnel, prévoit de doubler d’ici 2035 les capacités de stockage d’eau pour l’irrigation, tandis que les particuliers se voient interdire d’arroser leur jardin ou de remplir leur piscine sous peine d’amende. Ce partage, présenté comme équitable, révèle en réalité une forme d’accaparement des ressources.
La France produit chaque année 8,4 milliards de mètres cubes d’eaux usées traitées, dont moins de 1 % est réutilisé, contrairement à l’Espagne qui valorise 14 % de cette eau. En ajoutant les eaux de pluie collectées sur les toitures et les eaux grises des bâtiments, un gisement immense reste inexploité.
Trois principes pourraient mobiliser cette ressource. Premièrement, il est essentiel d’adapter la qualité de l’eau à chaque usage. Depuis 2008, l’eau de pluie peut être utilisée pour l’arrosage, le nettoyage extérieur, les toilettes ou le lavage des sols, mais cette possibilité est encore peu exploitée. Deuxièmement, il est important de hiérarchiser les usages. Les besoins vitaux doivent primer sur les usages récréatifs, comme le remplissage des piscines, qui ne figure pas dans les priorités des textes de 2024. Enfin, il est crucial de réfléchir à ce que devient l’eau après usage. Si chaque utilisateur réemploie sa propre eau, il est nécessaire de s’interroger sur la recharge des sols.
La gestion décentralisée de l’eau, qui consiste à capter, stocker et réutiliser l’eau à l’échelle du bâtiment ou de la parcelle, permet de réduire la pression sur les ressources communes. En réutilisant les eaux grises, un bâtiment prélève moins sur le réseau et laisse davantage d’eau disponible pour les autres usagers.
Le cadre juridique actuel, renforcé par les textes de 2024, est complet. Cependant, le manque de déploiement et de lisibilité complique le débat citoyen, souvent centré sur des questions simples comme le droit d’arroser un potager. Une prise de conscience existe, mais il est nécessaire de passer des paroles aux actes.
La gestion de l’eau ne doit pas se limiter à des arbitrages entre les utilisateurs, mais doit s’inscrire dans un projet collectif où chaque acteur, qu’il soit habitant, bâtiment ou collectivité, utilise l’eau de manière efficace et la restitue au territoire.
Source : Météo France, Cerema



