Le surtourisme transforme les villes en musée, alerte Daniel Salmon, sénateur écologiste
De la place du Tertre, complètement saturée, au Sacré-Cœur, en passant par les petites ruelles typiques de Montmartre, le flux permanent de touristes inonde chaque jour ce quartier historique du nord de Paris.
Anne Renaudie, habitante de Montmartre, souligne les nuisances associées à ce tourisme de masse. Elle évoque d’abord les difficultés pour les familles à trouver un logement, en raison de l’essor des locations touristiques telles qu’Airbnb : « À cause du grand nombre de meublés touristiques, la pression locative devient énorme pour toutes les familles. » Cette situation s’accompagne d’une utilisation excessive de l’espace public, avec des terrasses de cafés et restaurants qui empiètent sur les trottoirs, entravant ainsi la circulation des riverains. De plus, les commerces de proximité disparaissent, remplacés par des coffee-shops et des magasins de souvenirs.
À Montmartre, 28 % des logements sont des meublés touristiques, un chiffre supérieur de 10 % à la moyenne parisienne. Ce phénomène a été accentué par la multiplication de films et de séries qui mettent en avant ce lieu emblématique. Des œuvres telles que Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain et Emily in Paris contribuent à créer des images « Instagrammables », renforçant l’attractivité du quartier. L’organisation de la dernière étape du Tour de France et des J.O. de Paris 2024 a également intensifié l’intérêt des visiteurs.
« On est passé, après la crise du Covid, d’un tourisme de vacances scolaires et de week-end à un tourisme du quotidien », déplore Anne Renaudie. Les ruelles étroites de Montmartre sont désormais envahies chaque jour par des groupes de touristes, souvent déposés par des autocars qui perturbent les transports en commun. Les commerçants s’interrogent sur l’intérêt économique de cette situation, alors que les déchets laissés par les visiteurs posent un problème croissant.
Selon des données, 80 % des touristes se concentrent sur seulement 20 % du territoire. Nathalie Delattre, sénatrice RDSE de la Gironde et ancienne ministre du tourisme, rappelle que le secteur touristique représente 8 % du PIB et deux millions d’emplois en France. Elle plaide pour un tourisme réparti sur l’ensemble de l’année et du territoire, afin de limiter les pics de fréquentation.
Daniel Salmon, sénateur écologiste d’Ille-et-Vilaine, évoque des problématiques similaires à Saint-Malo, où la surfréquentation provoque la colère des habitants et une fuite des résidents. « Avec la hausse des logements de courte durée, les habitants ne peuvent plus se loger, on a transformé la ville en musée », déclare-t-il.
Anne Renaudie appelle à une régulation urgente des flux touristiques, de peur de voir émerger des comportements hostiles envers les visiteurs, semblables à ceux observés dans certaines villes espagnoles, où des banderoles « non aux touristes » ont été installées.
L’émission est à retrouver en intégralité ici.
Source : Public Sénat
