L’industrie musicale africaine : au Sénégal, le stream comme moyen de rémunérer des artistes locaux
Dans un contexte où le streaming ne rémunère que peu ou pas les artistes du continent, le Sénégal se distingue comme un modèle. C’est le seul pays d’Afrique subsaharienne francophone où les chanteurs peuvent bénéficier de la monétisation des streams sur YouTube.
Tout commence en 2013, lorsque le Sénégal intègre le « YouTube Partner Program », permettant aux artistes de monétiser leurs contenus. Cette avancée est le fruit des négociations menées par Tidjane Deme, alors responsable de Google pour l’Afrique francophone. Depuis lors, des figures comme Merou Dieng, producteur et manager d’artistes à Dakar, ont observé une transformation notable de l’industrie musicale. Il souligne que la monétisation passe par la captation de publicités, qui représentent le moteur économique pour les artistes sénégalais.
Cependant, le modèle de rémunération reste imparfait. Au Sénégal, la valeur des streams est estimée à 5 à 10 fois inférieure à celle en Europe, en raison d’un marché des annonceurs moins développé. Merou Dieng cite l’exemple de Wally Seck, une star sénégalaise qui parvient à générer des revenus significatifs sur YouTube.
Le rappeur Dip Doundou Guiss, originaire de Grand Yoff, est le premier artiste sénégalais à avoir dépassé le million de vues en solo sur YouTube. Son titre « Me N You » a accumulé 18 millions de vues depuis l’ouverture de sa chaîne en 2019, générant environ 40 000 euros. Il note que, bien que ces revenus ne suffisent pas à financer une carrière, ils permettent de mieux comprendre son audience et d’optimiser les négociations pour des concerts et des partenariats.
Malgré ces avancées, les revenus issus des streams ne constituent qu’une partie de l’équation. Dip Doundou Guiss affirme que la véritable révolution réside dans la capacité des artistes à gérer leur carrière et à soigner leurs productions. L’accès direct aux données d’audience leur permet de se présenter avec des chiffres concrets lors de négociations, réduisant ainsi leur dépendance vis-à-vis des labels ou producteurs.
De plus en plus de voix s’élèvent pour demander à YouTube d’étendre la monétisation à d’autres pays d’Afrique subsaharienne francophone, comme la République démocratique du Congo et la Côte d’Ivoire. Ce mouvement est soutenu par des artistes influents, tels que le rappeur français Tiakola, qui a récemment abordé ce sujet dans sa musique.
Cette situation au Sénégal pourrait servir de modèle pour d’autres pays d’Afrique, où les artistes cherchent des moyens durables de rémunération dans une industrie musicale en pleine évolution.
Source : RFI



