Le seul canon tiré dans l’espace, développé par la NASA, a marqué une avancée technique.

Voici le seul canon jamais tiré dans l'espace, et c'était il y a cinquante ans

Le seul canon jamais tiré dans l’espace, il y a cinquante ans

L’imaginaire collectif de la conquête spatiale évoque souvent les drapeaux plantés sur la Lune et les sondes explorant les confins du Système solaire. Cependant, au cours de la guerre froide, l’orbite terrestre a également été le théâtre d’une compétition militaire intense. Un épisode longtemps classé secret dans les archives soviétiques en témoigne : le seul tir d’arme à feu jamais effectué dans l’espace.

Saliout 3, un nom de couverture

Sous l’appellation civile de Saliout 3, présentée comme un laboratoire scientifique, se cachait en réalité un programme militaire, connu sous le nom d’Almaz OPS-2. Cette stratégie de dissimulation était courante au sein de l’Union soviétique, qui masquait ses projets militaires derrière des désignations rassurantes pour tromper les services de renseignement occidentaux.

Lancée le 25 juin 1974, la station pesait environ 18,9 tonnes et évoluait à une altitude variant entre 219 et 272 kilomètres. Sa mission principale était l’observation de la Terre, améliorée par une caméra télescopique, l’Agat-1, offrant une résolution au sol inférieure à trois mètres.

Un équipage de deux cosmonautes y a séjourné pendant quinze jours durant l’été 1974. Un second équipage n’a jamais pu s’amarrer à cause d’une défaillance du vaisseau Soyouz, et une troisième mission a été annulée, laissant la station en mode inhabité.

Un canon de bombardier adapté à l’orbite

L’armement embarqué était une version modifiée du Rikhter R-23, un canon de 23 millimètres développé pour l’aviation soviétique à la fin des années 1950, désigné R-23M pour sa configuration spatiale. Ce canon revolver à gaz était l’une des armes monotubes les plus rapides, avec une cadence de tir variant de 2 000 à 2 600 coups par minute. Sur Terre, il était principalement utilisé sur la tourelle de queue du bombardier Tupolev Tu-22.

La présence de cet armement répondait à une logique d’autodéfense, dans l’hypothèse où la station aurait été approchée par un satellite intercepteur. Dans le contexte de la guerre froide, les deux blocs envisageaient des scénarios d’affrontement direct dans l’espace. Notons que, contrairement aux bombardiers qui emportaient des centaines d’obus, la station n’était équipée que de 32 projectiles, jugés suffisants face à l’absence d’armement sur les vaisseaux adverses.

Visée et tir

Tirer dans le vide pose des défis techniques, notamment en matière de visée. L’arme était fixée le long de l’axe longitudinal de la station, ce qui nécessitait une rotation complète de l’engin pour ajuster le tir. La conduite de tir se faisait via un périscope, dont l’image était retransmise sur un écran au poste de commande.

Le tir a été effectué le 24 janvier 1975, en l’absence de cosmonautes à bord, avec des ordres émis depuis les centres de contrôle au sol. Les récits évoquent une à trois rafales, pour un total d’environ vingt projectiles tirés dans l’espace. Les essais auraient été menés avec succès sur des distances allant de 3000 à 500 mètres.

Ce tir a été programmé quelques heures avant la manœuvre de désorbitation de la station, garantissant que les projectiles retomberaient sur Terre et se consumerait dans l’atmosphère, sans laisser de débris en orbite.

Un tir sans précédent

Le R-23M demeure à ce jour la seule arme à feu dont le tir dans l’espace soit documenté. L’information est restée secrète jusqu’à la déclassification des archives après la dissolution de l’URSS en 1991. Certaines données, comme le calibre exact, oscillent entre 23 et 30 millimètres, et les détails des essais reposent largement sur des témoignages d’anciens membres du programme.

Cet événement rappelle que l’orbite terrestre n’a jamais été le sanctuaire que l’on imagine parfois. À l’heure où de nouvelles puissances investissent massivement dans l’espace et que la question des armes spatiales refait surface dans le débat international, ce tir isolé de 1975 conserve une résonance particulière.

Source : Futura Sciences

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