Le masculinisme gagne du terrain à l’école, alerte un rapport du Sénat
Un rapport sénatorial publié ce mercredi met en lumière la montée des discours masculinistes dans les établissements scolaires, une idéologie qui prône la suprématie des hommes sur les femmes. Ce phénomène, décrit comme une « petite pluie fine » qui imprègne les représentations, cible principalement les adolescents, exposés à des contenus viraux qui banalisent le sexisme.
Les adolescents sont confrontés à des vidéos, blagues et mèmes qui véhiculent des idées masculinistes. Les contenus liés au développement personnel, au sport ou à la nutrition pourraient également servir de points d’entrée vers cette idéologie. Béatrice Gosselin, sénatrice Les Républicains de la Manche, souligne que la transformation en masculiniste ne se fait pas instantanément, mais est plutôt le résultat d’une exposition progressive, souvent facilitée par les algorithmes des réseaux sociaux.
Les établissements scolaires sont devenus des lieux d’observation des effets de cette diffusion. Selon Béatrice Gosselin, dans une classe typique, un tiers des élèves adhère à cette idéologie, un autre tiers reste silencieux, tandis qu’un dernier tiers s’y oppose. Des témoignages d’éducateurs révèlent que des élèves de très jeunes âges tiennent des propos sexistes et justifient des comportements inappropriés, ce qui banalise le concept de consentement. De plus, des relations de plus en plus distantes entre filles et garçons, notamment au collège, sont rapportées, ainsi qu’une remise en cause de la mixité dans certaines activités.
Plus inquiétant encore, de nombreux élèves, en particulier les jeunes filles et les membres de la communauté LGBT, expriment un mal-être croissant, s’autocensurant et adoptant des comportements leur permettant de passer inaperçus. Louise-Marie Giacomuzzo, intervenante en éducation à la vie affective, note que dans certains établissements, les filles sont reléguées à l’écart, témoignant d’une dynamique sociale préoccupante.
Face à cette menace, l’Éducation nationale commence à réagir, notamment par le biais des nouveaux programmes d’éducation à la vie affective et relationnelle (Evars), qui abordent les dangers du masculinisme. Cependant, ces séances ne sont pas encore généralisées. En janvier, le ministre Édouard Geffray a indiqué que 66 % des écoliers, 48 % des collégiens et 35 % des lycéens avaient bénéficié d’au moins une séance d’Evars, un chiffre jugé insuffisant par les parlementaires.
Pour renforcer la prévention, le rapport recommande l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans et l’intégration d’une compréhension critique des algorithmes dans l’éducation aux médias. Le rapport appelle également à un renforcement des dispositifs de santé scolaire pour identifier les situations de vulnérabilité.
Source : Rapport sénatorial