Désormais incontournable, le RN entre présidentialisation et refus de l’État de droit (3/3)

Désormais incontournable, le RN entre présidentialisation et refus de l’État de droit

« Une étape supplémentaire dans notre accession aux responsabilités est désormais accomplie. Une nouvelle ère s’ouvre pour nous », déclare le 23 juin 2022 Jordan Bardella, président par intérim du Rassemblement national (RN). Après les élections législatives, le RN, avec 89 députés élus à l’Assemblée nationale, change de statut, se préparant à jouer un rôle central dans la politique française.

Depuis 2011, le RN a engagé une stratégie de dédiabolisation, suivie d’une « stratégie de la cravate », visant à intégrer les codes du Palais Bourbon. Jean-Yves Camus, président de l’Observatoire des radicalités politiques, souligne que l’objectif est de présenter une image respectable du RN, semblable à celle des autres partis.

L’Assemblée nationale devient une tribune pour Marine Le Pen, qui souhaite démontrer que son parti peut gouverner, malgré les doutes des électeurs sur sa capacité à ne pas représenter un danger pour la démocratie. Le RN bénéficie également du soutien de la majorité présidentielle, permettant à plusieurs de ses députés d’obtenir des vice-présidences.

Lors des débats sur la réforme des retraites en 2023, le RN critique le gouvernement dans les médias tout en évitant de s’opposer frontalement au Palais Bourbon. Ils votent une motion de cen contre le gouvernement, qui échappe de justesse à un renversement. Après l’adoption de la réforme via l’article 49.3, le RN prend une position pro-ordre lors des manifestations qui s’ensuivent.

Cette influence grandissante du RN est également visible dans les récentes propositions des Républicains, qui adoptent un discours similaire sur des questions telles que l’immigration et la sécurité. Le 19 décembre 2023, le vote de la loi Immigration par la majorité présidentielle illustre cette dynamique, intégrant des éléments de préférence nationale.

L’attaque du Hamas contre Israël en octobre 2023 offre au RN une nouvelle opportunité de se présenter comme un défenseur d’Israël, renforçant ainsi son image. Marine Le Pen participe même à une marche contre l’antisémitisme, consolidant sa stratégie de normalisation.

Malgré ces avancées, des controverses demeurent. Le RN est critiqué pour son passé et ses positions actuelles sur l’antisémitisme, alors qu’une étude de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme révèle un taux élevé de sympathisants antisémites au sein du parti.

Les résultats des élections européennes de juin 2024 montrent que la liste menée par Jordan Bardella obtient 31,37 % des voix, confirmant la position montante du RN. Cependant, lors des législatives anticipées, bien qu’il arrive en tête avec 33,42 % des suffrages, il est bloqué au second tour par une alliance de gauche.

La normalisation du RN, bien que stratégique, soulève des questions. Jean-Yves Camus avertit que trop de normalisation pourrait faire perdre au parti son attrait initial, rendant difficile de maintenir l’engagement de ses électeurs historiques.

Le RN, tout en naviguant entre cette normalisation et des actions qui remettent en cause l’État de droit, semble se rapprocher de plus en plus du pouvoir, mais doit faire face aux défis judiciaires qui pourraient entraver ses ambitions pour 2027.

Source : France 24

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