De la DINUM à ARIANE : le numérique devient une fonction régalienne
L’intelligence artificielle, le cloud et les données publiques redéfinissent progressivement l’équilibre des pouvoirs au sein de l’État français. Au cours des deux dernières décennies, le numérique a été principalement perçu comme un outil de modernisation administrative, visant à simplifier les démarches, réduire les coûts de fonctionnement et améliorer la qualité des services publics. Cependant, cette approche atteint aujourd’hui ses limites.
La gestion des modèles d’intelligence artificielle, l’hébergement des données publiques sensibles, ainsi que la sécurisation des infrastructures cloud deviennent des enjeux de souveraineté. Les administrations doivent désormais naviguer entre dépendance technologique, autonomie stratégique, mutualisation des investissements et contrôle des infrastructures critiques.
Dans ce cadre, la transformation de la Direction interministérielle du numérique (DINUM) en ARIANE, future Autorité référente pour l’intelligence artificielle et le numérique de l’État, est significative. Les nominations récentes de Walter Arnaud à la tête de la DINUM et de Pierre Bouillon à la direction de la DITP marquent un premier pas concret de cette réorganisation.
La DINUM a déjà changé de nature
La DINUM est devenue une administration dont le périmètre a considérablement évolué. Elle ne se limite plus à la gestion de projets de transformation numérique, mais gère désormais des infrastructures sensibles de l’État. Par exemple, FranceConnect compte 45 millions d’utilisateurs et a enregistré plus de 480 millions de connexions au cours de l’année. Le Réseau interministériel de l’État relie 14 000 sites administratifs et dessert près d’un million d’utilisateurs. LaSuite est devenue l’environnement de travail quotidien de plusieurs centaines de milliers d’agents publics.
Ces plateformes sont désormais des infrastructures essentielles au fonctionnement de l’administration. La DINUM pilote également une stratégie « Cloud au centre », représentant plus de 200 millions d’euros de commandes publiques, dont 88 % bénéficient à des acteurs français. Elle supervise la mise en place du Socle interministériel d’IA générative, visant à mutualiser les infrastructures et les capacités de calcul nécessaires aux administrations.
De l’innovation publique à l’infrastructure stratégique
L’évolution de la DINUM illustre une transformation plus large de l’État numérique français. Dans les années 2010, l’objectif principal était d’introduire les méthodes du logiciel dans l’administration, avec des initiatives comme Beta.gouv et les startups d’État. La décennie suivante a mis en lumière des actifs stratégiques, tels que l’identité numérique et les infrastructures cloud, où la question centrale est désormais celle du contrôle des infrastructures.
L’intelligence artificielle accélère la centralisation
L’essor de l’intelligence artificielle est un moteur clé de cette évolution. Historiquement, chaque ministère développait ses propres applications et infrastructures. Cependant, les coûts de calcul, les exigences de sécurité et la rareté des compétences rendent ce modèle difficile à maintenir. La mutualisation devient nécessaire, comme l’illustre la création du Socle interministériel d’IA générative.
Le bilan de l’équipe sortante comme point de départ
L’équipe dirigée par Stéphanie Schaer et Thierry Lambert a déjà mis en place plusieurs briques essentielles pour ARIANE, notamment laSuite, le cloud de confiance et les infrastructures souveraines. L’enjeu pour la nouvelle direction sera d’organiser la gouvernance de ces outils alors qu’ils deviennent centraux pour l’administration.
Les défis qui attendent Walter Arnaud et Pierre Bouillon incluent l’arbitrage des investissements entre ministères, l’organisation des capacités de calcul pour l’IA et la réduction des dépendances technologiques tout en maintenant l’innovation.
Walter Arnaud et Pierre Bouillon : des profils complémentaires
Walter Arnaud, ingénieur des infrastructures critiques, possède une expertise en gestion de systèmes complexes, ayant travaillé dans des domaines tels que l’intelligence économique et la logistique durant la pandémie. Pierre Bouillon, quant à lui, est axé sur la relation entre l’administration et les usagers, ayant dirigé des programmes visant à améliorer l’accès aux droits et la qualité des services publics.
Ensemble, leurs nominations dessinent une séparation de plus en plus nette entre le pilotage des infrastructures numériques et celui des services publics qui s’appuient sur elles.
Source : FrenchWeb
