Le talon d’Achille du nématode

Le talon d’Achille du nématode : une recherche innovante au centre Inrae du Rheu

À une demi-heure de Rennes, au centre Inrae du Rheu, des plates-bandes d’herbe s’étendent derrière le bureau de Sylvain Fournet. Selon ce chercheur de l’unité Igepp, marcher sur ce sol reviendrait à fouler « des millions de nématodes ». La planète abrite environ 440 milliards de milliards de ces vers ronds, qui représentent 80 % du règne animal.

Un monde diversifié et complexe

Les nématodes, bien que souvent microscopiques, présentent une diversité impressionnante. Placentonema gigantissimum, par exemple, parasite le placenta du cachalot et peut atteindre jusqu’à huit mètres de longueur. Actuellement, 27 000 espèces de nématodes ont été décrites, mais les estimations suggèrent qu’il pourrait en exister entre 300 000 et 500 000. Leur identification nécessite un travail minutieux, car il suffit parfois de creuser pour en découvrir de nouvelles.

Certains nématodes établissent des relations parasitaires complexes avec les plantes. Par exemple, Globodera pallida et Heterodera carotae parasitent respectivement la pomme de terre et la carotte en infiltrant leurs racines et en détournant le fonctionnement des cellules chargées du transport des nutriments. Ce détournement fragilise la plante, surtout en période de stress hydrique, et peut réduire la taille des légumes, entraînant des pertes économiques pour les agriculteurs.

Stratégies de lutte innovantes

Ces nématodes pondent des œufs dans des kystes enfouis dans le sol, pouvant rester en dormance pendant des années. Leur cycle de vie est déclenché par un signal chimique émis par les racines de leur hôte. Pour lutter contre eux sans recourir à des produits chimiques, les chercheurs cherchent à exploiter cette relation. En prenant l’exemple de Heterodera carotae, les scientifiques ont observé que l’eau filtrée de sols cultivés avec des carottes induisait l’éclosion des kystes.

Les travaux se poursuivent pour mettre au point une solution pour les agriculteurs. Une proposition consiste en une gélule de racines de carotte broyées qui se dissoudrait avec la pluie, entraînant les éclosions des nématodes. En ciblant le talon d’Achille de ces parasites, les chercheurs visent à réduire leur impact sur la production agricole.

Source : Inrae.

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