Le mur est dans le pré – sur Hors champ de Marie-Hélène Lafon
Par Éric Loret
Marie-Hélène Lafon, dans son dernier roman Hors champ, explore la dynamique complexe entre Claire et Gilles, frère et sœur nés dans une ferme du Cantal. Tandis que Claire s’épanouit en tant qu’écrivaine et enseignante à Paris, Gilles choisit de rester sur la terre familiale pour s’occuper des vaches. L’autrice met en lumière cinquante ans d’incommunicabilité entre ces deux personnages, symbolisant une malédiction d’éternité où les horizons semblent toujours murés.
Les récits de Lafon, ancrés dans la réalité familiale et paysanne, se concentrent souvent sur des destins résignés, marqués par une introspection absente. L’autrice, elle-même issue d’une exploitation agricole, illustre le parcours d’une « transfuge de classe » ayant quitté son milieu d’origine pour embrasser une carrière littéraire.
Dans Hors champ, Claire et Gilles, séparés par seulement onze mois, incarnent une dichotomie entre l’aspiration à un avenir différent et l’attachement à des racines familiales. Leurs prénoms résonnent avec ceux de personnages précédents de Lafon, soulignant une continuité thématique dans son œuvre.
Le roman est également une réflexion sur le temps, où le présent se révèle comme un espace figé, mais vu sous divers angles au fil des « tableaux » qui composent le récit. Lafon invite le lecteur à contempler la mélancolie de Gilles, évoquant des personnages artistiques tels que Pierrot de Watteau, tout en soulignant l’impact d’un passé familial lourd de significations.
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Source : AOC



