Le mouvement rastafarien en Afrique, entre tolérance et marginalisation

Le mouvement rastafarien en Afrique : entre tolérance et marginalisation

La justice kényane a rejeté, le 15 juillet, la demande de la communauté rastafarienne d’utiliser le cannabis dans son culte religieux. Ce jugement met en lumière le statut ambigu des rastafariens sur le continent africain, oscillant entre reconnaissance de façade et marginalisation persistante.

Un siècle après la naissance du mouvement, les rastafariens d’Afrique demeurent largement dans un angle mort juridique : ni véritablement reconnus ni protégés. Le rastafarisme, né en Jamaïque dans les années 1930 autour des idées panafricanistes de Marcus Garvey, s’est d’abord implanté en Éthiopie. Dans les années 1950, des rastafariens ont immigré vers cette terre, après que l’empereur Hailé Sélassié a réservé 200 hectares à Shashamane pour les descendants d’esclaves africains. Aujourd’hui, le mouvement est le plus solidement implanté en Afrique du Sud, mais également présent au Ghana, au Togo, au Bénin, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire.

Les chiffres concernant la communauté rastafarienne en Afrique sont flous. Selon l’historienne Giulia Bonacci, il n’existe pas de recensement précis. Les estimations mondiales varient de 700 000 à un million d’adeptes. En Éthiopie, la communauté de Shashamane comptait, selon une estimation de 2017, un peu plus de 1 200 personnes, illustrant l’invisibilité administrative des rastafariens sur le continent.

La récente décision de la Haute Cour du Kenya a explicitement reconnu le rastafarisme comme une religion protégée par la Constitution, mais a jugé que le cannabis n’était pas assez central dans cette foi pour justifier une exemption à la loi interdisant sa possession. Les avocats de la Rastafari Society of Kenya (RSK) ont annoncé leur intention de faire appel. Ce jugement, bien que décevant, n’est pas un recul total, puisque la justice kényane avait déjà reconnu de facto le rastafarisme en 2019, en statuant sur la liberté de culte d’une élève portant des dreadlocks.

La reconnaissance légale du rastafarisme en Afrique est inégale. Au Malawi, une décision similaire a été rendue en 2020 concernant les dreadlocks, sans aborder la question du cannabis. En Éthiopie, les rastafariens ont longtemps vécu dans un vide administratif, la plupart d’entre eux n’ayant obtenu qu’en 2017 un statut de « ressortissants étrangers d’origine éthiopienne ». En revanche, en Afrique du Sud, les rastas ont obtenu des avancées significatives concernant l’usage du cannabis.

Ce flou juridique favorise des discriminations. En Guinée, il était courant d’exiger des candidats à l’embauche qu’ils coupent leurs dreadlocks. En Côte d’Ivoire, un village rasta a été détruit en 2012, et la communauté continue de faire face à des discriminations. À l’île Maurice, l’Association socioculturelle rastafarienne réclame depuis plus de vingt ans un terrain pour un lieu de culte, sans succès.

La stigmatisation des rastafariens n’est pas unique à l’Afrique. Bien que le reggae ait été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco, cette reconnaissance ne se traduit pas par une meilleure protection des rastafariens au quotidien. En effet, la discrimination persiste malgré les valeurs africaines que prône le mouvement, telles que le retour à la terre mère et la résistance à l’oppression.

Source : RFI

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