Le masculinisme radical, une menace qui s'installe en Europe

Le masculinisme radical, une menace qui s’installe en Europe

Le masculinisme radical n’est plus un phénomène marginal cantonné aux tréfonds d’internet. En France, au Royaume-Uni et en Suisse, les services de renseignement tirent la sonnette d’alarme. Les profils des adeptes se font de plus en plus jeunes et la radicalisation s’accélère. L’Europe cherche encore sa réponse.

Le 2 juillet 2025, Timoty G., 18 ans, a été interpellé devant son lycée de Saint-Étienne avec deux couteaux dans son sac. Sa cible : quatre élèves choisies parce qu’elles étaient des femmes. Repéré en amont par la DGSI, il a été mis en examen pour « association de malfaiteurs terroriste », une première en France pour un dossier lié exclusivement à la mouvance masculiniste. Quelques mois plus tard, le planning familial d’Asnières-sur-Seine a reçu une menace d’attentat-suicide signée par un homme se revendiquant masculiniste.

Depuis quelques années, le masculinisme radical est devenu un sujet de sécurité intérieure. En juin 2026, les renseignements intérieurs français ont exprimé leur inquiétude face à des profils radicalisés de plus en plus nombreux, jeunes et dangereux.

Selon l’historienne Christine Bard, le masculinisme désigne un mouvement qui prétend défendre les intérêts des hommes dans une société qu’il considère dominée par les femmes. Sa forme la plus extrême regroupe les « incels », des hommes qui retournent leur frustration affective et sexuelle en haine des femmes.

Le sociologue Tristan Boursier, docteur en science politique, souligne qu’il est erroné de réduire ce phénomène à une branche de l’ultra-droite. Il note que l’antiféminisme ne se limite pas à cette mouvance, et que des figures comme Elliot Rodger, auteur d’un sextuple meurtre en 2014, ne sont pas liées aux courants suprémacistes classiques.

En France, la DGSI alerte sur la rapidité de diffusion de cette idéologie, touchant des adolescents dès 13 ou 14 ans. La viralisation de contenus numériques, comme ceux de l’influenceur Andrew Tate, a contribué à cette propagation, ce dernier ayant cumulé 12 milliards de vues avant la fermeture de son compte TikTok.

Le danger n’est pas seulement sécuritaire, il est également structurel. Boursier explique que les algorithmes des réseaux sociaux favorisent ces discours. En 2024, des chercheurs irlandais ont démontré que des comptes fictifs laissés inactifs sur des plateformes comme YouTube et TikTok étaient exposés à des contenus extrémistes en seulement 23 minutes.

En France, des mes sont mises en place, mais jugées insuffisantes par le Haut Conseil à l’Égalité. Selon le baromètre 2026, 60 % des hommes estiment que les féministes veulent accaparer le pouvoir, et 18 % croient que les femmes prennent les postes des hommes. Ces idées, issues du masculinisme, sont renforcées par des figures d’autorité comme Donald Trump et Elon Musk.

Des dizaines de mineurs identifiés par la DGSI font l’objet d’une prise en charge étatique. Depuis 2025, des cours d’éducation à la vie affective sont enseignés dès la maternelle, et la majorité numérique a été abaissée à 15 ans. Cependant, le HCE formule vingt-cinq recommandations, incluant l’obligation des cours Evars et la création d’une catégorie « masculinisme » dans les signalements en ligne.

Face à cette menace, les réponses nationales peinent à se coordonner. Le Royaume-Uni initiera dès 2026 des cours obligatoires contre la misogynie dans tous les établissements. En Suisse, une unité de prévention des radicalisations a été créée suite à un acte d’extrémisme « incel » en 2020. L’Allemagne, malgré des événements tragiques, n’a pas encore mis en place de stratégie nationale spécifique.

Pour les autorités, l’absence de profil sociologique unifié complique la prédiction des passages à l’acte. Les idées sexistes sont déjà présentes dans la société, et les algorithmes ne font que les extrémiser. Des témoignages d’enseignantes révèlent que des élèves remettent en cause leur autorité simplement parce qu’elles sont des femmes, un signe inquiétant de la profondeur de cette problématique.

Source : RFI

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