Le FMI, Partenaire Ou Frein ? Quand Des Experts S’enlisent (par Driss Junior DIALLO)

Le FMI, Partenaire ou Frein pour le Sénégal ?

À quelques jours de l’arrivée d’une mission du Fonds monétaire international (FMI) à Dakar, le débat sur le rôle de cette institution dans l’économie sénégalaise émerge avec acuité. Alors que l’État vient de rembourser anticipativement plus de 58 milliards de francs CFA pour apaiser les marchés, des économistes et observateurs souverainistes affirment que la présence du FMI, depuis plus de quarante-cinq ans, n’a pas permis d’améliorer durablement la situation du pays. Certains plaident pour l’exploration d’autres alternatives.

Les critiques soulignent que les programmes d’ajustement structurel des années 1980 et 1990 ont laissé des séquelles profondes, notamment le démantèlement de l’encadrement agricole et l’austérité sociale, conduisant à des décennies de stagnation. Ils avancent que le Sénégal, ayant opéré sous des programmes du FMI presque en continu pendant 45 ans, n’a pas réussi à établir son autonomie financière.

Cependant, l’argument selon lequel la présence du FMI est synonyme d’échec durable est contesté. Le FMI intervient généralement lorsque la crise est déjà présente, et il est difficile de prouver l’impact de son absence sur la situation économique du pays.

Un audit récent a mis en lumière que la suspension d’un programme de 1,8 milliard de dollars en 2024 était due à la sous-déclaration des déficits et de la dette par l’administration précédente. Cette « dette cachée », estimée entre 11 et 13 milliards de dollars, représente plus d’un quart de l’endettement total et est attribuée à l’État sénégalais, non au FMI.

Le besoin de financement reste une question cruciale, avec une loi de finances 2026 prévoyant des dépenses de 7 434 milliards de francs CFA contre des recettes de 6 189 milliards, résultant en un déficit de 5,37 % du PIB. La gestion de la dette, qui absorbait près de 22 % des recettes de l’État fin septembre 2025, doit être financée, que ce soit par le FMI ou d’autres créanciers.

Les alternatives de financement existent, mais comportent leurs propres défis. L’endettement bilatéral auprès de pays comme la Chine ou ceux du Golfe pourrait simplement déplacer la dépendance, tandis que les marchés financiers ont déjà poussé les obligations sénégalaises à des niveaux historiquement bas, rendant l’emprunt difficile.

La véritable contrainte de souveraineté au Sénégal réside dans son architecture monétaire. Le franc CFA, arrimé à l’euro, limite la marge de manœuvre macroéconomique du pays. Un débat sur la souveraineté devrait se concentrer sur cette question plutôt que de blâmer le FMI.

La situation actuelle reflète également des tensions politiques, le fossé entre le président Macky Sall et son ancien Premier ministre étant perçu comme un choix entre dépendance et souveraineté.

En conclusion, le Sénégal doit reconnaître que le FMI n’est ni un partenaire ni un frein, mais un miroir des choix budgétaires du pays. La souveraineté économique dépendra de la qualité de la dépense publique, de l’élargissement de la base productive et d’une meilleure transparence fiscale.

Source : Driss Junior DIALLO, Consultant en gouvernance et finances publiques

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