Habiter un logement classé A ou B ne vous épargnera pas forcément des fortes chaleurs: pourquoi le DPE s'avère encore inadapté aux canicules

Habiter un logement classé A ou B ne vous épargnera pas forcément des fortes chaleurs : pourquoi le DPE s’avère encore inadapté aux canicules

Alors qu’une troisième canicule sévit actuellement sur l’Hexagone, de nombreux habitants souffrent des fortes chaleurs, y compris dans des logements neufs ou rénovés, pourtant bien classés sur le diagnostic de performance énergétique (DPE). Les températures atteignent ce dimanche 12 juillet entre 38 et 40°C dans une grande partie du pays, et localement jusqu’à 42°C selon Météo France. La chaleur imprègne de nombreux bâtiments, souvent insuffisamment protégés, y compris ceux censés être « performants » d’un point de vue thermique.

Louis Legrand, habitant du Kremlin-Bicetre dans le Val-de-Marne, témoigne : « Notre appartement est très bien isolé, en hiver on n’allume quasiment pas le chauffage », mais lors de la vague de chaleur de fin juin, la température a atteint 36°C chez lui. Son immeuble, entièrement rénové et classé B au DPE, ne dispose pas de volets extérieurs, ce qui l’a surpris face à des températures estivales si élevées.

Une étude de Pouget Consultants et de l’Alliance des industriels des solutions électriques et numériques du bâtiment (Ignes) révèle qu’un tiers des logements classés A ou B au DPE ne sont pas suffisamment adaptés aux canicules, étant considérés comme des « bouilloires thermiques ». Ce phénomène peut être attribué à leur exposition au soleil, avec une préférence pour les logements orientés sud et ouest, ainsi qu’à l’absence de volets extérieurs, car 43% des logements en France n’en sont pas équipés.

Un « effet thermos » lié à certains matériaux et à l’isolation par l’intérieur

Certaines techniques d’isolation actuelles créent un « effet thermos », selon les habitants. Christophe Rodriguez, directeur de l’Institut français pour la performance du bâtiment (Ifpeb), souligne que les réglementations thermiques visent principalement à conserver la chaleur en hiver, ce qui peut poser problème en été. Il explique que si les occultations solaires sont omises ou si la ventilation est insuffisante, la chaleur pénètre et devient difficile à évacuer.

L’isolation des murs par l’intérieur, par exemple, peut réduire l’inertie thermique, c’est-à-dire la capacité des murs à tamponner les variations de température. Jean-Philippe Ndobo-Epoy, de l’association des professionnels de l’isolation Mur manteau, illustre ce point en comparant les maisons anciennes aux murs épais, souvent mal notées au DPE, mais agréables à vivre même pendant les canicules.

Un DPE « très déséquilibré en faveur de la partie hivernale »

Le DPE, mètre étalon de l’efficacité énergétique d’un logement, évalue la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre, mais il n’intègre que partiellement le « confort d’été ». L’indicateur associé, qui prend en compte cinq paramètres, n’influence pas la note finale du DPE. Ainsi, des logements avec des parois vitrées orientées au sud sans protection solaire sont directement classés comme insuffisants en matière de confort d’été.

D’après les experts, il existe un déséquilibre dans le mode de calcul du DPE, favorisant les performances hivernales au détriment des besoins estivaux. La Fondation pour le logement plaide pour que cette évaluation soit rendue obligatoire sur chaque annonce immobilière.

Des projets neufs déposés juste avant la dernière réglementation environnementale

La réglementation « RE 2020 », introduite en 2022, impose des objectifs de confort d’été aux bâtiments neufs, mais de nombreux projets ont été déposés avant l’entrée en vigueur de ces obligations. Ces nouveaux bâtiments ne respectent donc pas les dernières normes, ce qui a des conséquences sur leur capacité à gérer la chaleur.

Aujourd’hui, les solutions pour améliorer le confort d’été sont souvent complexes à mettre en œuvre, en particulier dans les copropriétés ou les zones protégées. Ce sujet a été abordé au Sénat, où un amendement a été proposé pour rendre l’avis des Architectes des bâtiments de France consultatif, facilitant ainsi l’installation de protections solaires extérieures.

Source : BFMTV

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