Le quotidien, c’est rabaisser, humilier, menacer : le crime vicariant
S’en prendre à son enfant pour se venger de l’autre parent. C’est ce qui est arrivé le 3 août 2026 à Nice, où un père est soupçonné d’avoir tué son fils de 17 ans et d’avoir ensuite envoyé une photographie à son ex-compagne qui voulait le quitter. C’est également ce que supposent les enquêteurs dans le meurtre d’un jeune homme de 17 ans par sa mère ce 19 août à Antibes, bien qu’il soit encore trop tôt pour connaître tous les éléments de cette affaire.
Ce type de crime porte un nom : le crime vicariant, un terme encore peu connu en France. La violence vicariante fait référence à une violence « par procuration », c’est-à-dire sur une personne tierce, souvent très proche de la personne visée. Le mot « vicariant » vient du latin vicarius, signifiant « remplaçant », « substitut ».
Les enfants sont le plus souvent visés pour faire souffrir l’un des deux parents, généralement la mère, mais cela peut parfois concerner un autre proche ou même un animal. Cet acte est une forme de violence conjugale, où l’objectif du parent est de continuer à exercer un contrôle sur l’autre.
Me Marie-Pierre Lazard, avocate au barreau de Nice et spécialiste en droit de la famille, détaille : « On ne se rend pas compte, même quand les personnes vont déposer la plainte, que c’est vraiment grave et qu’il y a des choses à faire. Quand le parent violent se permet d’agir de cette manière-là, c’est qu’il ne peut plus le faire directement sur l’autre. »
Elle souligne qu’il est difficile d’évaluer ce phénomène en France, où les expertises et enquêtes manquent pour mettre la violence vicariante en lumière. « On n’est pas encore sur la compréhension de la gravité des dommages sur les violences psychologiques. On comprend celles qui laissent des traces, mais il y a aussi les choses moins visibles qui ne laissent pas de traces où le quotidien, c’est rabaisser les enfants, les humilier, les menacer », ajoute-t-elle.
En Espagne, la violence vicariantes est reconnue juridiquement depuis 2021. Le pays a voté en juillet 2017 un pacte d’État contre la violence de genre, comportant plus de 200 mes et un budget d’un milliard d’euros sur cinq ans. Ce cadre législatif inclut les enfants comme co-victimes, contrairement à la situation en France.
Actuellement, environ 143 000 enfants vivent dans un foyer où une femme a déclaré des formes de violences physiques et/ou sexuelles. Cependant, ce chiffre ne prend pas en compte les violences psychologiques et verbales, ainsi que celles non déclarées. Le nombre d’enfants exposés aux violences conjugales est estimé à 4 millions.
Pour conclure, Me Lazard affirme qu’une prise de conscience collective est essentielle : « C’est surtout une révolution humaine, un sujet humain plus que législatif, car l’opinion publique doit se réveiller sur ces manières indirectes de s’en prendre à des adultes au travers des enfants. »
Source : France 3 Côte d’Azur



