Vive la Loire sauvage : Un combat pour la préservation du fleuve

Dans les années 1980, le projet de grands barrages sur la Loire provoque une mobilisation écologique sans précédent. De la naissance de Loire Vivante à l’abandon du barrage de Serre de la Fare, retour sur le combat qui a changé le destin du fleuve et posé les bases du Plan Loire Grandeur Nature, ainsi que du classement du Val de Loire à l’Unesco.

En 1986, Jean Royer, alors maire de Tours, annonce la construction de quatre barrages sur le bassin-versant de la Loire : Veurdre et Naussac II sur l’Allier, Chambonchard sur le Cher et Serre de la Fare dans la haute vallée de la Loire, près du Puy-en-Velay. Cette annonce suscite une vive réaction, et quelques semaines plus tard, France Nature Environnement (FNE) et le WWF s’unissent pour créer le Comité Loire Vivante. Christine Jean, biologiste bretonne, est nommée coordinatrice.

Roberto Epple, hydrobiologiste suisse, rejoint rapidement le mouvement. Il a précédemment remporté une victoire en protégeant une partie du Danube face à des projets d’aménagements. Entre 1980 et 1985, il joue un rôle essentiel dans la lutte pour la Loire, affirmant que la nécessité de protéger le fleuve est devenue évidente.

En octobre 1988, lors d’une visite près de Nevers, le prince Philip déclare : « Vive la Loire sauvage ! », marquant ainsi le début d’une mobilisation citoyenne. En février 1989, la déclaration d’utilité publique (DUP) du barrage de Serre de la Fare est signée, entraînant l’occupation immédiate du site prévu pour être englouti.

En parallèle, l’association SOS Loire Vivante est créée en 1989 par des habitants du Puy-en-Velay pour s’opposer au barrage de Serre de la Fare, qui menace des gorges magnifiques. Roberto Epple, qui reste impliqué, souligne l’importance d’un réseau diversifié de citoyens engagés dans cette lutte.

Gilles Deguet, aujourd’hui vice-président de la SEPANT, se joint à la résistance en 1989. Il découvre la richesse des arguments scientifiques développés par Loire Vivante, qui plaide pour une vision globale des écosystèmes. Les inondations, notamment celles de Brives-Charensac en 1980, sont au cœur des préoccupations, et le barrage est présenté comme une solution à ces crises.

La lutte prend une tournure significative en 1991 avec l’annulation de la DUP de Serre de la Fare, suivie d’une demande de Michel Rocard pour explorer des alternatives aux barrages. En janvier 1994, le ministre de l’Environnement, Michel Barnier, renonce à la construction des barrages et lance le plan Loire Grandeur Nature, qui reprend plusieurs propositions des militants.

Ce plan introduit des concepts révolutionnaires pour l’époque, tels que la nécessité de donner de l’espace au fleuve et d’adapter les infrastructures aux crues plutôt que de chercher à les supprimer. Cela marque un changement de paradigme dans la gestion des rivières.

En 1996, le parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine est créé, contribuant à la protection du fleuve. La reconnaissance de la Loire comme Patrimoine Mondial de l’Unesco devient une perspective sérieuse.

Source : France Nature Environnement, WWF, SOS Loire Vivante

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