Palestine : le Collège de France a-t-il eu le droit d’annuler le colloque ?
Le tribunal administratif de Paris a annulé, le 15 juillet, la décision de l’administrateur du Collège de France, Thomas Römer, qui avait interdit la tenue d’un colloque sur les relations entre la Palestine et l’Europe. Les juges ont conclu que l’établissement n’avait pas démontré un risque suffisamment grave pour l’ordre public ni prouvé que des mes de sécurité moins radicales étaient impossibles à mettre en œuvre. En conséquence, le Collège de France a été condamné à verser 1 000 euros à chacun des quatre groupes de requérants, soit un total de 4 000 euros. Le Carep, coorganisateur de l’événement, a salué cette décision comme une « victoire importante pour la liberté académique et la liberté de la recherche ».
Un colloque annulé à quatre jours de son ouverture
Le colloque, intitulé La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines, devait se dérouler les 13 et 14 novembre 2025. Organisé par Henry Laurens, titulaire de la chaire Histoire contemporaine du monde arabe, il rassemblait historiens, politistes, sociologues, juristes et diplomates pour examiner divers aspects des relations entre l’Europe et la Palestine. Le programme comportait des tables rondes aux intitulés politiquement marqués, tels que Le sionisme comme projet européen d’expansion coloniale et Les responsabilités de l’Europe : de l’échec d’Oslo à la destruction de Gaza.
Cependant, quelques jours avant l’événement, plusieurs médias et organisations ont critiqué le programme, le qualifiant de militant ou antisioniste. En réponse à ces critiques, le ministre de l’Enseignement supérieur a soutenu la décision d’annulation.
Un colloque déplacé
L’événement a finalement eu lieu aux dates prévues dans les locaux du Carep, avec le même programme et une diffusion en ligne. Cette réorganisation a permis aux chercheurs de présenter leurs travaux malgré la perte du lieu initial. Selon le directeur du Carep, Salam Kawakibi, tous les intervenants ont maintenu leur participation, et les vidéos des sessions ont enregistré plus d’un million de consultations en une semaine.
Le juge de l’urgence avait d’abord refusé d’intervenir
La décision du tribunal administratif du 15 juillet semble contredire celle rendue en novembre 2025, mais il s’agit de deux procédures distinctes. Après l’annulation, plusieurs associations et participants avaient saisi le juge des référés-liberté, qui a rejeté leurs demandes, considérant que les atteintes aux libertés d’expression et de recherche, bien que « très sensiblement dégradées », ne justifiaient pas une intervention d’urgence.
Une polémique ne suffit pas à établir un danger
Lors de l’audience du 1er juillet, le rapporteur public a recommandé l’annulation de la décision d’interdiction, jugée disproportionnée. Le tribunal a suivi cette recommandation, concluant que le Collège de France n’avait pas fourni suffisamment d’éléments pour prouver un trouble à l’ordre public justifiant une annulation complète. La controverse médiatique entourant le programme ne constituait pas, à elle seule, un motif légal pour interdire un colloque universitaire.
Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large, où des institutions académiques ont été appelées à garantir la liberté d’expression et de recherche, même lorsque les sujets abordés suscitent des oppositions marquées.
Source : Le Monde
