Le Cap-Vert, petit Poucet du football, réalise un exploit historique
Lorsque l’arbitre a sifflé la fin du match entre l’Uruguay et l’Espagne, vendredi soir à Guadalajara, une explosion de joie a traversé le banc capverdien à Houston. Les Requins bleus suivaient les dernières secondes de cette rencontre décisive sur leur téléphone. Quelques instants plus tard, ils se précipitaient sur la pelouse pour célébrer un moment qui restera gravé dans l’histoire du football de leur pays : le Cap-Vert venait de se qualifier pour les seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026, et ce dès sa première participation.
Tous les pronostics ont volé en éclats
Avant le début du tournoi, rares étaient les observateurs qui imaginaient cette petite nation insulaire de moins de 600 000 habitants franchir le premier tour. Placé dans un groupe relevé avec l’Espagne, l’Uruguay et l’Arabie saoudite, le Cap-Vert semblait davantage destiné à apprendre qu’à rivaliser. Trois matchs plus tard, les pronostics ont volé en éclats.
Une équipe portée par sa diaspora
« Voir notre pays représenté dans le monde entier lors de la Coupe du monde me remplit d’une immense fierté », a déclaré Lauryn, une jeune Britannique d’origine capverdienne. De son côté, Tony De Barros espère que son pays ne sera plus un point à situer sur la carte. « C’est comme si, désormais, non seulement les États-Unis mais aussi le monde entier savaient qui vous êtes et d’où vous venez. »
Les Requins bleus ont créé la surprise en tenant en échec « une Espagne stupéfaite ». Quelle que soit l’issue du prochain match contre l’Argentine, pour de nombreux Capverdiens, la qualification pour la Coupe du monde est déjà une victoire en soi.
Les hommes de Bubista, l’entraîneur capverdien, n’ont remporté aucun match, mais ils n’en ont perdu aucun non plus. Les Requins bleus ont démontré une remarquable capacité à résister face à des adversaires plus expérimentés. Après deux premiers matchs solides (0-0 face à l’Espagne et un 2-2 face à l’Uruguay), les Requins bleus ont décroché un troisième match nul (0-0) face à l’Arabie saoudite. Ce résultat, combiné à la victoire de l’Espagne contre l’Uruguay (1-0), leur a permis de terminer deuxièmes du groupe H avec 3 points.
Cette qualification est le fruit d’un collectif discipliné, d’une défense organisée autour du gardien Vozinha, et d’un état d’esprit qui n’a jamais vacillé. Savoir ne pas perdre peut parfois avoir autant de valeur qu’une victoire.
Une progression continue
L’attitude des Capverdiens a séduit. Loin d’être impressionnés par l’événement, ils ont proposé un football discipliné et animé d’une véritable ambition offensive. Leur qualification constitue l’une des plus belles surprises de cette Coupe du monde 2026.
Depuis plusieurs années, le football capverdien progresse régulièrement. Les Requins bleus se sont imposés comme une sélection compétitive sur le continent africain, avec quatre participations à la Coupe d’Afrique des nations. En 2013, ils avaient créé la surprise en se qualifiant pour les quarts de finale. Il a fallu attendre la CAN 2021 pour les voir atteindre les huitièmes de finale. En 2023, le Cap-Vert a terminé premier d’un groupe comprenant l’Égypte et le Ghana, mais a été éliminé en quart de finale.
Franchir le premier tour d’une Coupe du monde dès une première apparition dépasse les attentes les plus optimistes. Cet exploit nourrit une immense fierté nationale et confirme que le travail de structuration du football capverdien commence à porter ses fruits.
L’Argentine en défi ultime
En seizièmes de finale, le Cap-Vert croisera la route de l’Argentine, championne du monde en titre, emmenée par Lionel Messi. Sur le papier, l’écart est immense. D’un côté, une sélection habituée aux sommets du football mondial ; de l’autre, une équipe qui découvre les exigences d’une phase à élimination directe en Coupe du monde.
Le Cap-Vert abordera cette rencontre sans complexe. Son parcours lui a déjà permis de gagner le respect de ses adversaires et l’admiration des amateurs de football. Quelle que soit l’issue de cette confrontation, le Cap-Vert a déjà réussi son Mondial en se hissant parmi les 32 meilleures équipes de la planète dès sa première participation.
Source : Courrier International.