Une initiative lancée par une ONG environnementale prévoit de taxer chaque vol au départ de la Suisse et de redistribuer les recettes sous forme de bons pour des trajets en train. Le projet se heurte à l’opposition des compagnies aériennes, au scepticisme des experts en environnement et à l’indifférence des voyageurs, qui ont pris l’habitude de profiter de vols bon marché.
Chaque jour, environ 90’000 personnes transitent par l’aéroport de Zurich, une affluence supérieure à la population de Lucerne. Le transport aérien en Suisse représente plus de 10% des émissions totales du pays, l’un des taux les plus élevés en Europe.
L’initiative, lancée en avril 2026 par l’organisation environnementale actif-trafiC, vise à utiliser le volume de vols pour promouvoir des modes de transport plus écologiques. Si l’initiative recueille 100’000 signatures valides dans un délai de 18 mois, elle fera l’objet d’une votation.
Elle propose une taxe d’au moins 30 francs suisses sur chaque vol au départ de la Suisse, avec des fonds destinés à offrir des bons de transport pour trains, bus et tramways, afin d’encourager une réduction des voyages en avion.
Toujours plus de vols et d’émissions carbone
En 2025, l’aéroport de Zurich a enregistré un pic de 32,6 millions de passagers, entraînant une hausse des émissions de carbone. En 2024, les vols internationaux au départ de la Suisse ont produit plus de 5,5 millions de tonnes de CO₂, soit une augmentation de près de 10% par rapport à l’année précédente. Depuis 1990, les émissions liées à l’aviation en Suisse ont crû de près de 80%, tandis que les émissions nationales des secteurs bâtiment, industrie et transport routier ont diminué.
Un bon annuel pour chaque personne
La taxe débuterait à 30 francs suisses pour les billets en classe économique sur les courts courriers, augmentant selon la distance et la classe. Les jets privés seraient taxés d’au moins 500 francs suisses par vol. Les taux précis seraient fixés par le Parlement.
Les partisans ont jusqu’en octobre 2027 pour recueillir les signatures nécessaires. Si la pétition aboutit, le Parlement débattra du texte, et un vote populaire pourrait avoir lieu au plus tôt en 2028.
Selon les promoteurs, la taxe générerait environ 1,5 milliard de francs suisses par an, dont deux tiers seraient redistribués aux résidents, chacun recevant un bon de voyage d’une valeur supérieure à 100 francs suisses.
Ce bon serait valable pour des billets de train internationaux ou pour un abonnement couvrant les transports locaux. Les touristes paieraient la taxe sans recevoir de bon, contribuant ainsi à l’enveloppe totale.
Environ 90% de la population résidente recevrait en bons une somme supérieure à celle qu’elle paierait en taxes, tandis que seuls les voyageurs fréquents ou les passagers « premium » y perdraient.
Les fonds restants seraient affectés à la revitalisation des trains de nuit et aux liaisons ferroviaires transfrontalières, dont l’offre a diminué ces dernières décennies.
« Il ne s’agit pas de simplement taxer sans alternatives, » indique Thibault Schneeberger, coordinateur de l’initiative en Suisse romande. « Il s’agit d’investir dans les infrastructures et de rendre le train plus accessible. »
Des doutes de toutes parts
Le secteur aérien fait face à des pressions pour diminuer ses émissions. Cependant, des représentants du secteur estiment qu’une taxe nationale n’est pas la solution adéquate. Andreas Schürer, directeur d’Aviationsuisse, souligne que des mes unilatérales pourraient nuire à la connectivité et entraîner des désavantages concurrentiels.
Anthony Patt, professeur de politique climatique à l’École polytechnique fédérale de Zurich, critique la taxe pour son insuffisance, estimant qu’elle ne réduirait que marginalement les voyages d’affaires et de loisirs.
En juin 2021, une initiative similaire a été rejetée par l’électorat. D’autres pays européens, tels que la France et l’Allemagne, appliquent déjà des taxes sur les billets d’avion, mais les recettes ne sont pas toujours utilisées pour financer des mes en faveur du climat.
Reste à voir si cette nouvelle taxe influencera réellement les comportements de voyage en Suisse, étant donné que des sondages indiquent que la durée du trajet reste le facteur principal pour choisir l’avion plutôt que le train.
Les résultats de l’enquête menée par actif-trafiC montrent que deux tiers des Suisses pourraient soutenir une taxe carbone sur les vols, mais les opinions varient selon les sources et les formulations des questions.
Article original en anglais relu et vérifié par Gabe Bullard et Virginie Mangin, traduction en français par Albertine Bourget/ptur
