L’autre photo de mariage : une exploration de l’image sociale
A l’occasion de la redécouverte des archives photographiques de sa mère, un chercheur s’interroge sur la signification et l’usage des images familiales, notamment celles des mariages.
Edith, aujourd’hui âgée de 96 ans, a quitté son domicile en 2017 et est désormais hébergée en EHPAD. En récupérant ses archives, son fils a initié une réflexion sur la photographie de famille, présentant les premiers éléments de cette recherche lors d’un séminaire à l’EHESS en 2024.
Cette démarche soulève la question de l’iconographie familiale comme objet de recherche. Roland Barthes avait déjà proposé cette idée, en plaçant la photographie de sa mère au cœur de sa réflexion sur la photographie dans La Chambre claire (1980). Le chercheur a ainsi pu mettre en lumière la subjectivité inhérente à la photographie familiale, révélant que ces images sont souvent des rébus dont la signification se dévoile grâce au témoignage des membres de la famille.
La photographie de mariage est souvent perçue comme un simple trophée, un symbole d’un moment marquant de la vie collective. Cependant, l’exploration des archives d’Edith a révélé une image alternative, moins exposée, mais tout aussi significative. Alors que la photo officielle présente un couple sérieux, une autre image montre un couple souriant, échangeant un regard complice. Selon Edith, cette version est « plus vivante », soulignant ainsi la différence entre les images destinées à la communication et celles qui évoquent des souvenirs intimes.
L’analyse des photographies révèle également que ces images ne sont pas uniquement des souvenirs, mais qu’elles peuvent être conservées dans des formats variés, souvent transitoires, et destinées à des publics différents. Ce constat met en lumière l’importance de la mémoire privée par rapport à la diffusion publique des images.
En examinant ces archives, il apparaît que la photographie amateur a pris une place croissante dans les mariages de la classe moyenne, remplaçant progressivement la photographie professionnelle. Les images retenues par Edith, dont certaines sont réalisées par son frère Raymond avec un Kodak Rétinette, illustrent ce changement.
Ce travail de recherche met en évidence la distinction entre la fonction communicationnelle des images et leur rôle dans la mémoire privée. Les photographies conservées par Edith, bien qu’elles n’aient pas été destinées à être diffusées, apportent un plaisir évident des décennies après l’événement.
La redécouverte de ces images souligne l’importance de considérer les différentes fonctions des photographies, qui vont au-delà de l’image-trophée et de la sélection des albums, mais qui existent sous des formes diverses, souvent encore à décrire.
Source : Images Sociale.



